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Un an après son arrivée à la tête de la BCE, quel bilan pour Christine Lagarde?

Les temps extraordinaires nécessitent une action extraordinaire", a tweeté la présidente de l'Institut de Francfort Christine Lagarde

Les temps extraordinaires nécessitent une action extraordinaire", a tweeté la présidente de l'Institut de Francfort Christine Lagarde - AFP

L'ancienne directrice générale du FMI s'est retrouvée aux manettes de la Banque centrale européenne, lançant des programmes inédits dans l'histoire de l'institution.

C'était il y a un an. Une éternité. Le 1er novembre 2019, Christine Lagarde devenait la nouvelle présidente de la Banque centrale européenne. C'était avant le Covid, avant le krach boursier, avant la crise économique.

Trois mois plus tôt, elle avait été interpelée lors d'une audition au Parlement européen sur la sortie polémique de son prédécesseur Mario Draghi, prêt à tout pour sauver l'euro pendant la crise de 2021 "whatever it takes" ("coûte que coûte", un engagement qui a divisé les européens). L'ex-directrice générale du FMI avait alors fait un vœu: "J'espère vraiment ne jamais avoir à dire quelque chose comme ça".

Un an plus tard, le "coûte que coûte" est devenu la norme et Christine Lagarde rappelle à l'envi que la BCE que l'institution était prête à "faire plus". La situation a été bouleversée par le Covid et l'année de présidence a été une épreuve pour elle. "Mais l'institution a tenu son rang" résume Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet Wealth Management et fin connaisseur des rouages de la BCE.

"Concernant le rôle de Christine Lagarde, c'est difficile de porter un jugement objectif compte tenu du contexte actuel" poursuit-il. "Mais le verre est quand même à moitié plein."

Sa plus grande victoire? Avoir maintenu la cohésion du conseil de la BCE, composé des 19 gouverneurs des banques centrales nationales des pays de la zone euro.

La "chouette" au milieu des colombes et des faucons

Historiquement, cette cohésion est un enjeu perpétuel, un équilibre complexe entre les faucons (Allemagne, Pays-Bas…) favorables à une politique très stricte et peu interventionniste, et les colombes (Italie, Espagne…) qui promeuvent une large intervention de la BCE. Lagarde a évidemment refusé de choisir, s'appropriant le rôle d'une "chouette", associée selon elle "à une certaine sagesse".

"Elle a un profil plus politique et plus diplomatique que Mario Draghi" reconnaît Frederik Ducrozet. Une indéniable habilité mais qui ne saurait effacer le poids politique des gouvernements de la zone euro. Dès la rentrée dernière, le couple franco-allemand, enfin d'accord sur une direction commune, poussait pour une nouvelle commission européenne moins stricte sur le plan de la concurrence et une BCE prête à défendre les taux d'emprunt des Etats-membres (spreads) les plus fragiles, comme l'Italie.

La novice Christine Lagarde a d'ailleurs été brutalement rappelé à l'ordre en pleine crise économique, le 12 mars, en assurant que la BCE n'avait pas pour "mission de réduire les spreads". Tollé: "Je me bornerai à qualifier ses propos d'accidents, car je suis un ministre de la République, sinon j'aurais utilisé un autre mot" avait répondu Stefano Patuanelli, ministre italien du Développement économique. La sortie de Lagarde avait d'ailleurs accentué la débâcle boursière ce jour-là: -16,92 % à la Bourse de Milan.

La BCE en a encore sous le pied

Le bilan de Lagarde n'est donc pas irréprochable. Et ses résultats sont aussi ceux de son staff, à commencer par l'influente économiste allemande Isabel Schnabel et par le chef économiste Philip Lane. Ce sont eux qui ont mis en place les complexes mécanismes d'aides de la BCE: les TLTRO (Targeted Longer-Term Refinancing Operations) et le PEPP (Pandemic emergency purchase programme), deux armes monétaires qui ont eu un rôle crucial pour apaiser les marchés déboussolés par la crise économique.

TLTRO : les "opérations ciblées de refinancement de long terme" sont des prêts avantageux accordés aux banques par la BCE afin éviter une envolée des crédits pour les entreprises et les ménages.

PEPP : le programme d'achats d'urgence face à la pandémie conssite pour la BCE à racheter massivement de la dette publique et privée pour soutneir les Etats-membres et les entreprises.

Par ces outils, la politique monétaire face au Covid n'a finalement jamais été aussi dense et interventionniste. Et elle devrait le rester. "La BCE en a encore sous le pied" explique Frederik Ducrozet. Avec ce nouveau confinement, et la vague de défaillance d'entreprises promise, l'institution devra encore démontrer sa solidité. Justement, Lagarde se tient prête.

Thomas Leroy Journaliste BFM Business