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Surchauffe en vue pour les tarifs de l’électricité

INFO BFM BUSINESS - Les prix de l’électricité flambent et risquent de se répercuter sur la facture des ménages. Elle pourrait augmenter jusqu’à 6% début 2022. Le gouvernement et le régulateur s’inquiètent.

Après la hausse de 10% des prix du gaz au 1er juillet, ceux de l’électricité risquent aussi de subir une poussée de fièvre. Mardi, le régulateur doit annoncer une légère hausse des prix, inférieure à 1%, pour le 1er août prochain. Mais la prochaine révision, prévue pour le 1er février 2022 inquiète déjà le gouvernement. Les prix sur le marché de l’électricité ont, eux aussi, flambé de 40% pour atteindre 74€/MWh, dans le sillage de ceux du pétrole et du prix du carbone.

L’inquiétude est d’autant plus forte que les prix devraient rester sur cette tendance haussière. Certains analystes estiment même qu’ils pourraient augmenter jusqu’à 100€/MWh à la fin de l’année. Or, c’est précisément le mois de décembre qui sert de référence dans le calcul des prix qui sera décidé en janvier prochain et appliqué au 1er février 2022.

A date, les spécialistes estiment que l’impact sur les prix serait compris entre 7% et 8%. En prenant en compte la fin d’un rattrapage de 1,8% facturé en 2021, les tarifs augmenteraient tout de même de 5% à 6% en 2022 par rapport à cette année.

Le gouvernement en alerte

Selon nos informations, des réunions se sont multipliées ces dernières semaines entre conseillers ministériels, de Matignon et de l’Elysée pour traiter ce sujet. Avec le régulateur de l’énergie autour de la table pour proposer des solutions afin de limiter cette forte hausse en pleine campagne présidentielle. "Le sujet est déjà très sensible ", reconnait une source proche du dossier. Au ministère de l’Ecologie on renvoie la balle "au régulateur" tout en reconnaissant que "la hausse des prix de l’électricité aura un impact sur les tarifs". "Le gouvernement reste vigilant quant à l’évolution des prix pour les consommateurs" assure le cabinet de la ministre Barbara Pompili. Au ministère de l’Economie, on donne rendez-vous à la rentrée pour traiter du sujet.

En coulisse, plusieurs solutions sont sur la table. Selon nos informations, un scénario complexe circule dans les ministères qui consisterait à baisser la taxe sur l’électricité. La "contribution au service public de l’énergie", dite CSPE, pèse sur un tiers de la facture des ménages. Elle finance essentiellement les subventions pour les éoliennes et panneaux solaires. Or, l’augmentation des prix de marché va permettre à l’Etat de débourser moins d’aides pour les opérateurs d’énergies renouvelables. Déjà, cette année, la "CSPE" devrait coûter 5 milliards d’euros contre 7 milliards l’an passé. "L’Etat pourrait rendre une partie de cette économie budgétaire aux consommateurs en abaissant cette taxe" décrypte une source proche.

Baisser les taxes

Le ministère de l’Ecologie semble favorable à cette solution, alors que le ministère de l’Economie traîne des pieds car le déficit budgétaire explose à cause de la crise. Rien n’a encore été décidé et ne le sera avant l’automne. Si l’Etat acceptait cette option, il devrait passer par une modification législative dans le cadre de la loi de Finances en fin d’année. Le sujet promet de susciter la polémique. Déjà, début 2017, quelques mois avant l’élection présidentielle, la ministre de l’Ecologie Ségolène Royal avait tenté de bloquer une augmentation de prix. Après un bras de fer avec le régulateur, ce dernier avait finalement eu le dernier mot. Cette fois, la concertation avec le gouvernement est déjà évidente.

La seconde option est technique et a déjà été introduite dans la loi sur l’énergie en 2019. Elle consiste à augmenter la quantité d’électricité qu’EDF peut vendre à ses concurrents (Total, Engie…) à prix bas de 42 euros/MWh, soit 40% de moins que les prix actuels de marché. "Cela permettrait de baisser la tension sur le marché de l’électricité et de faire baisser les prix" veut croire un bon connaisseur du dossier. Et donc de limiter la répercussion sur la facture des Français dans six mois. Pour cela, il suffit au gouvernement de prendre un arrêté. Mais cela pénaliserait financièrement EDF, qui veut garder sa production d’électricité nucléaire à bas coûts pour la revendre au prix élevé du marché. L’effort semble inévitable pour éviter une telle hausse de prix. Reste à savoir s’il sera porté par l’Etat ou pas EDF.

Matthieu Pechberty Journaliste BFM Business