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Fonds d'investissement, chômage partiel... Ce que contient le plan pour sauver l'industrie aéronautique

Le gouvernement a dévoilé son plan de 15 milliards d'euros pour soutenir le secteur aéronautique. Il repose sur trois axes majeurs. A savoir: la préservation de l'emploi, l'aide et la transformation des PME et ETI sous-traitantes, et l'accélération de la décarbonation des avions.

Près de 200.000 emplois sont en jeu. Après la filière automobile, le gouvernement a dévoilé ce mardi son plan de soutien pour l'industrie aéronautique, secteur sinistré par l'épidémie de coronavirus. "Cette industrie aéronautique française ne connaissait pas la crise. Elle était habituée depuis près de 30 ans à une croissance continue, soutenue par une augmentation constante du trafic aérien", a expliqué Bruno Le Maire. 

Mais la crise sanitaire "a mis un coup d'arrêt brutal à cette croissance. [...] Les commandes d'avions ont été repoussées à 80 ou 90%. La crise du secteur aéronautique a donc été d’une brutalité terrible pour le secteur. Et la reprise, nous le savons tous, contrairement à d’autres secteurs d’activité économiques, sera au mieux progressive, plus probablement très lente", a poursuivi le ministre de l'Economie, tablant sur un retour à la normale du trafic aérien d'ici deux à trois ans. 

Afin d'"éviter tout décrochage dans les mois qui viennent" par rapport aux concurrents américains et chinois, le locataire de Bercy a décrété "l'état d'urgence pour sauver notre industrie aéronautique et lui permettre d'être plus compétitive et plus décarbonée au XXIe siècle". Ce plan de sauvetage passera par un "effort total de 15 milliards d'euros" qui s'articulera autour de "trois ambitions": la préservation de l'emploi, la "transformation des PME et ETI" sous-traitantes et "l'accélération de la décarbonation" de l'industrie aéronautique, a-t-il précisé. Tour d'horizon des principales mesures. 

> Sauver Air France

A elle seule, Air France a bénéficié de 7 milliards d'euros d'aide de l'Etat sous forme de prêts directs ou de prêts bancaires garantis par la puissance publique, une somme comprise dans les 15 milliards du plan. Cela doit notamment lui permettre de concrétiser la commande de 60 Airbus A220 et 38 gros-porteurs A350 qu'elle avait prévue.

> Garanties à l'export

Les aides apportées par l'Etat pour soutenir les géants Airbus, Thales, Dassault et Safran doivent leur permettre de préserver l'emploi, a prévenu Bruno Le Maire. "Ces entreprises s'y sont engagées", a-t-il assuré, alors que "100.000 emplois" pourraient être "menacés dans les six mois" sans soutien public.

Pour éviter un tel désastre, le gouvernement a décidé "d'activer les garanties à l'export" qui devraient permettre de limiter les annulations et reports de commandes. Concrètement, les compagnies aériennes bénéficieront d'un moratoire de douze mois pour rembourser leurs emprunts auprès des banques, ce qui représente pour elles un gain de trésorerie de 1,5 milliard d'euros. 

Par ailleurs, le gouvernement proposera à la Commission européenne "d'allonger la durée pendant laquelle les compagnies ne remboursent pas leurs nouveaux crédits" pour des achats d'avions en la faisant passer de six à dix-huit mois. 

> Fonds d'investissement

L'Etat et les industriels de l'aéronautique se sont accordés pour créer un fonds d'investissement doté de 500 millions d'euros dès cet été, et à terme d'un milliard d'euros, pour soutenir en fonds propres les entreprises en difficulté, a encore annoncé Bruno Le Maire.

L'Etat, à travers la banque publique Bpifrance apportera 200 millions d'euros, les industriels (Airbus, Safran, Dassault Aviation et Thales) 200 millions aussi, 100 millions seront apportés par le gestionnaire de fonds "qui sera désigné par appel d'offre". Ces 500 millions permettront de lever un milliard à terme, tandis qu'un autre fonds de modernisation de l'outil de production doté de 300 millions d'euros sur trois ans est également créé.

Le ministre de l'Economie a souligné le caractère "historique" de cette mesure: "C'est la première fois qu'Airbus, Safran, Dassault et Thales acceptent de mettre de l'argent en commun pour sauver le tissu industriel français", a-t-il dit. 

> Chômage partiel et PGE

Les entreprises de l'industrie aéronautique pourront continuer de bénéficier des prêts garantis par l'Etat (PGE) ainsi que du chômage partiel alors que la reprise de l'activité du secteur s'annonce particulièrement lente.

Le dispositif de chômage partiel devrait néanmoins être modifié et sa nouvelle mouture présentée par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, d'ici d'une dizaine de jours pour laisser le temps de la négociation avec les partenaires sociaux. 

> 600 millions d'euros de commandes militaires avancées

Toujours pour soutenir les entreprises du secteurs, le ministère des Armées va passer dès cet année des commandes d'aéronefs militaires prévues plus tardivement, à hauteur de 600 millions d'euros, soit environ 5% de son budget d'équipements.

Ces commandes concernent notamment trois Airbus A330 qui seront à terme transformées en avions ravitailleurs (A330 MRTT). Quelque 200 millions seront également consacrés par l'Intérieur à l'achat d'aéronefs, tandis que le budget du fonds dans les PME de l'industrie de défense, nommé Definvest, sera porté de 50 à 100 millions d'euros.

> Développer l'avion de demain 

Enfin, Bruno Le Maire a plaidé pour une "accélération de la décarbonation de l'industrie aéronautique". L'objectif d'entrée en service de l'avion neutre en carbone a ainsi été avancé à 2035 au lieu de 2050, faisant ainsi écho aux propos de la ministre des Transports Elisabeth Borne ce mardi sur BFM Business. 

Pour y parvenir, quelque 1,5 milliard d'euros de financement public seront consacrés dans les trois prochaines années à la recherche-développement. Alors que près d'un tiers de 35.000 emplois consacrés à la R&D dans la filière aéronautique sont remis en question par les difficultés du secteur, l'objectif est de préparer les prochaines générations d'avions commerciaux, d'hélicoptères et d'avions d'affaires pour qu'ils soient dotés de nouveaux modes de propulsion émettant moins de CO2.

Paul Louis avec AFP