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Mario Draghi sera-t-il l'homme providentiel d'une Italie à bout de souffle?

Mario Draghi, le président de la BCE

Mario Draghi, le président de la BCE - Daniel ROLAND / AFP

L'ancien président de la Banque centrale européenne va prendre en main le destin du pays qui aura bien du mal à se remettre de la crise sanitaire. Mais avec de l'argent frais et un peu plus de latitude, "Super Mario" s'offre une vraie chance. 

L'Italie a-t-elle trouvé son prophète? En tout cas, il a déjà obtenu quelques miracles : le retour sur le devant de la scène de l'inexorable Silvio Berlusconi, l'improbable conversion de Matteo Salvini à la politique de Bruxelles et surtout une forte adhésion des Italiens autour de lui.

Lui, c'est Mario Draghi, "Super Mario" pour ses admirateurs. A 73 ans, le nouveau premier ministre a été chargé de former un gouvernement après une enième crise politique en Italie. Il a présenté vendredi une liste de vingt-trois ministres.

La fin de la très fragile coalition dirigée par Giuseppe Conte ouvre ainsi la voie à l'homme providentiel, celui dont le nom circulait pour ce poste depuis le 31 octobre 2019, lorsqu'il laissa sa place de président de la Banque centrale européenne à Christine Lagarde

Mais il fallait bien une pandémie mondiale pour forcer le destin. Si le Romain en est encore aux tractations avant de lancer un vote de confiance au Parlement, presque tous les partis italiens se sont rangés derrière lui, tout en faisant mine d'imposer quelques conditions à ce ralliement. C'est de bonne guerre. 

Son envergure internationale, sa force, sa crédibilité vont aider le pays à sortir d'une crise politique très grave" assurait cette semaine un ancien président du Conseil Enrico Letta sur BFM Business.

Dans les sondages, la confiance des Italiens dépasse les 60% pour Draghi, le sauveur. 

Une lourde récession l'année dernière

Et sauver l'Italie n'est pas une mince affaire. Selon les derniers chiffres du FMI, le pays a enregistré une récession désastreuse (-9,2%) en 2020. Mais le plus inquiétant concerne l'année 2021, où la croissance sera évidemment au rendez-vous après une telle chute: le FMI prédit un rebond de seulement +3%, contre +5,5% en France ou +5,9% en Espagne. Il faut dire que, de tous les pays malades en Europe (Grèce, Espagne…), l'Italie était déjà le plus fragile. Une dette de 136% du PIB avant la crise, une récession amorcée un an avant l'arrivée du Covid-19 et de sérieux coups de chauds sur ses taux d'emprunt ont fait craindre le pire. 

En réalité, l'Italie peine à réformer. Après la dernière crise financière, la cure d'austérité imposée par Mario Monti (2011-2013) n'a pas permis de remettre le pays dans le droit chemin et l'instabilité politique des années suivantes, marquées par la lassitude des Italiens face aux remontrances de la troïka bruxelloises, n'a pas arrangé les choses. 

Pendant ces années, Mario Draghi s'est forgé une réputation. Face à la crise financière, il lancera le fameux "whatever it takes", façon de signifier que la banque centrale européenne prendra toutes les mesures pour la survie de la zone euro. Pari gagnant. Malgré le bras de fer avec l'Allemagne sur le rôle de la BCE, Draghi a donné sa revanche aux pays du sud, qui réclamaient plus de latitude budgétaire pour enfin rebondir. 

Une enveloppe de 200 milliards d'euros

Car le "whatever it takes" de Christine Lagarde pulvérise le précédent en permettant à la BCE de reprendre une partie des dettes du Covid-19. Dans le cadre du plan de relance européen, l'Italie a donc bénéficié d'environ 200 milliards d'euros.  

Mais la somme, presque enivrante, a fait tomber le précédent gouvernement, incapable de se mettre d'accord sur les investissements alors qu'une partie de l'argent commençait déjà à refinancer des projets déjà existants. L'enjeu de Draghi sera donc de dépenser et non de gaspiller. 

Mais entre une bureaucratie infernale, une corruption encore marquée et la lenteur judiciaire pour régler les litiges commerciaux, l'Italie a clairement besoin d'un nouveau souffle pour mener à bien cette politique.  

Compte tenu de la fragmentation politique du pays, le costume de sauveur pourrait permettre à Super Mario de dépasser ces conflits. Mais sa marge de manœuvre sera courte. Les prochaines élections générales auront lieu en mai 2023 au plus tard. En attendant, Draghi devra manœuvrer avec une assemblée écartelée entre le Mouvement 5 Etoiles, La Ligue, le Parti Démocrate et Forza Italia. Mais qui d'autre pour tenir le choc? 

Thomas Leroy Journaliste BFM Business