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Les projets des fonds Ardian et Antin pour Suez

Les deux fonds cherchent à récupérer les activités de Suez que Veolia ne pourra pas racheter. Le projet d'Ardian est centré sur l’eau, et Antin dans les déchets. Une alternative à l'alliance de Veolia, Meridiam et Paprec.

Pendant que Veolia et Suez s’écharpent sur le front judiciaire, la vie des affaires continue en coulisse. Loin des batailles d’avocats, les dirigeants des deux groupes préparent la suite. Quand Veolia lancera son OPA sur Suez, "quoi qu’il arrive" comme l’a assuré son PDG, Antoine Frérot. Le calendrier reste la seule inconnue. Au plus tard, lors de l’assemblée générale de Suez en juin prochain.

Veolia propose de racheter Suez tout en revendant plusieurs filiales comme l’autorité de la concurrence l’obligera à le faire. L’activité "Eau France" reviendra au fonds Meridiam. Et dans les déchets, tout ou partie de la filiale de Suez, Sita, sera aussi revendue. Même s’il n’y a pas d’accord formel, le spécialiste des déchets, Paprec est dans les starting-blocks. Ils étudient plusieurs scénarios pour racheter des actifs de Suez, comme l’a révélé BFM Business.

Ardian lorgne les Etats-Unis et le Chili

Pendant ce temps, Suez essaie de monter un projet alternatif. Non pas pour évincer Veolia qui est déjà actionnaire à 30% de Suez, mais pour ne pas laisser le groupe d’Antoine Frérot dépecer Suez comme bon lui semble. Suez veut garder la main sur l’avenir de ses activités que Veolia ne pourra pas racheter pour des raisons de concurrence.

Deux fonds d’investissement étudient de près les scénarios sur Suez: Ardian et Antin. Le premier regarde le dossier depuis plusieurs semaines. Et selon plusieurs sources proches du dossier, il planche sur un projet centré exclusivement sur des activités dans l’eau. Mais au-delà de la filiale française qui à elle seule, "n’est pas viable", explique une source. Ardian cherche à y adosser plusieurs activités à l’international, comme en Espagne, aux Etats-Unis ou au Chili. Les deux premières sont des filiales importantes de Suez pour lesquelles la direction s’interroge, depuis un an, sur leurs possibles ventes. Ce projet consisterait à conserver un "petit Suez" spécialisé dans l’eau, et à revenir à un profil similaire à ce qu’était la Lyonnaise des Eaux il y a vingt ans. Il consisterait enfin à faire échouer le projet concurrent de Meridiam.

Antin veut rapprocher Suez et Idex

En face, le fonds Antin tourne aussi autour de Suez depuis trois mois sans que ses intentions soient réellement comprises. Selon nos informations, il cherche à récupérer une large partie des activités de Suez dans les déchets en France. Selon plusieurs sources, le numéro deux de Suez, Jean-Marc Boursier pousse cette solution qui viserait à céder à Antin les incinérateurs de Suez en France. Ceux-ci devront être revendus sur décision de l’Autorité de la concurrence pour éviter une position dominante de Veolia après le rachat de Suez. Ils coûtent plusieurs centaines de millions d’euros.

Pour Antin, c’est une opportunité industrielle de rapprocher les usines d’Idex qu’il détient depuis deux ans. "Une manière d’adosser les incinérateurs, qui produisent de l’énergie, aux réseaux de chaleur urbains d’Idex", décrypte un bon connaisseur du métier. Le projet vise à créer un "champion de la valorisation des déchets", une des clés de réussite de la transition énergétique. L’occasion est unique puisque, jusqu’ici, Suez n’a jamais souhaité développer de réseaux de chaleur pour ne pas entrer en concurrence frontale avec Engie, son actionnaire de référence jusqu’en octobre dernier.

En plus de discuter avec Suez, Antin cherche aussi à s’entendre avec Veolia pour se positionner lors de la revente des activités de déchets de Suez. Pour cela, sa société Idex peut compter sur son directeur général délégué, Thomas Le Beux, arrivé il y a trois mois en provenance de… Veolia où il a travaillé pendant vingt ans. Antin s’oppose ainsi aux ambitions de Paprec et de son fondateur Jean-Luc Petithuguenin comme Ardian fait face au projet de Meridiam. L’alliance Suez-Ardian-Antin vise ainsi à rivaliser avec celle de Veolia-Meridiam et Paprec.

Matthieu Pechberty Journaliste BFM Business