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Le tourisme helvétique sauvé par le patriotisme des Suisses

Johan Schneider-Ammann est l'un des sept membres du conseil fédéral suisse, la plus haute autorité politique dans le pays. Il a donné de sa personne dans la campagne pour inciter les Suisses à rester au pays pour leurs vacances.

Johan Schneider-Ammann est l'un des sept membres du conseil fédéral suisse, la plus haute autorité politique dans le pays. Il a donné de sa personne dans la campagne pour inciter les Suisses à rester au pays pour leurs vacances. - Photo : Suisse Tourisme

L’envolée du franc suisse faisait craindre le pire aux professionnels helvétiques du tourisme. C’était méconnaître le sens civique de leurs concitoyens.

Avec un franc qui a brutalement gagné en janvier près de 20% de sa valeur par rapport à l’euro, les professionnels suisses du tourisme s’attendaient à une saison abominable. Six mois après que la banque nationale suisse ait arrêté faute de munitions de sa battre pour maintenir le franc à 83 centimes d’euros (soit 1 euro pour 1,20 franc suisse), ils ont en partie retrouvé le sourire. Selon l’office fédéral des statistiques, les nuitées recensées dans les hôtels suisses ont certes baissé au premier semestre, mais de façon très modeste : -0,6%.

Une partie des étrangers qui apprécient les berges du Léman, les lacs du Tessin ou les stations de ski du Valais les ont bien pourtant boudés cet hiver et ce printemps. 179.000 nuitées manquent à l’appel, soit une baisse de 1,9%. Ce sont essentiellement les touristes venant de la zone euro qui ont le plus déserté les hôtels suisses, devenus, comme le reste du pays, vraiment trop chers. 

Une grosse campagne de communication

Pourtant, contrairement à ce que redoutaient les professionnels du secteur, les Suisses n’ont pas, eux, profité de l’envolée de leur devise nationale pour passer des vacances meilleur marché en France, en Allemagne, en Autriche ou en Italie, quatre pays où ils peuvent facilement se rendre. Et ce patriotisme dans le choix de leurs lieux de villégiature a donc compensé partiellement la désaffection étrangère. Le nombre des nuitées qu’ils ont passées hors de leur domicile mais sur le territoire suisse a progressé de 0,9%.

Suisse Tourisme, l’organisme en charge de la promotion du pays, à l’étranger et dans la confédération peut se féliciter d’avoir investi dans une grosse campagne de communication incitant les "indigènes" (c’est le terme utilisé en Suisse, sic) à rester. 3,9 millions de francs suisses (3,6 millions d’euros) y ont été consacrés. Elle a visiblement porté ses fruits.

La Suisse a aussi profité de la canicule

La campagne s’est d'ailleurs poursuivie cet été. Et chez Tourisme Suisse on se dit plutôt confiant pour la saison estivale: "La météo a été favorable. Les fortes chaleurs ont incité les estivants à aller chercher le frais à la montagne", souligne Véronique Kanel sa porte-parole.

D’ailleurs, plus largement, en dépit du niveau exceptionnellement élevé de sa monnaie, la Suisse continue à dégager un excédent commercial. Sur les sept premiers mois de l’année, il dépasse les 21 milliards de francs suisses (19,4 milliards d’euros), essentiellement du fait d’une baisse des importations.

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco