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Le salaire moyen a augmenté en France en 2020, mais ce n’est pas une bonne nouvelle

Le salaire moyen a augmenté artificiellement en France en 2020.

Le salaire moyen a augmenté artificiellement en France en 2020. - Philippe Huguen - AFP

Selon l'Organisation internationale du Travail, l'augmentation du salaire moyen en France sur la première moitié de 2020 n'est qu'"artificielle" et s'explique principalement par les suppressions d'emplois des "travailleurs faiblement rémunérés".

Une hausse en trompe-l’œil. En pleine crise sanitaire et économique, le salaire moyen français aurait augmenté d’environ 5% sur la première moitié de l’année 2020 par rapport à 2019, selon un rapport de l’Organisation internationale du Travail (OIT) publié mercredi.

En réalité, cette progression du salaire moyen observée dans d’autres pays comme l’Italie, les Etats-Unis ou le Canada n’a rien de réjouissant. Dans ces pays, "le salaire moyen a augmenté de façon largement artificielle, reflétant les suppressions d’emploi conséquentes qui ont touché les travailleurs faiblement rémunérés", explique l'OIT.

En clair, ce sont les postes à bas salaires qui ont été les premières victimes de la crise, de sorte qu’"un nombre sans précédent de travailleurs a perdu son emploi", poursuit l’OIT. Et ces derniers sont donc sortis des statistiques. Résultat, la masse salariale a diminué tandis que le salaire moyen a, lui, mécaniquement augmenté.

Pression à la baisse sur les salaires

A l’inverse, le rapport de l’OIT montre, au premier semestre 2020, "une pression à la baisse sur le niveau ou sur le taux de croissance des salaires moyens dans deux tiers des pays" pour lesquels des données récentes sont disponibles, indique l'OIT.

Et "dans un avenir proche, les conséquences de la crise du Covid-19 sur l'économie et sur l'emploi devraient entraîner une énorme pression à la baisse sur les salaires", poursuit l’organisation, préconisant "des politiques salariales appropriées et équilibrées, élaborées dans le cadre d'un dialogue social à la fois approfondi et inclusif" pour "contenir les effets de la crise et soutenir la reprise économique".

Les femmes plus touchées que les hommes

Le rapport montre aussi que la crise n'a pas eu les mêmes conséquences pour les hommes que pour les femmes, ces dernières étant touchées "de manière disproportionnée". En se basant sur une sélection de 28 pays européens, le rapport estime que, sans le versement de subventions salariales, la masse salariale totale aurait baissé de 6,5% entre le premier et le deuxième trimestre 2020: 8,1% pour les femmes, et 5,4% pour les hommes, un écart qui est "surtout la conséquence de la réduction des heures travaillées".

La crise a aussi touché de manière disproportionnée les travailleurs faiblement rémunérés, en aggravant les inégalités salariales, indique l'OIT. Dans certains pays européens, "sans les subventions salariales, la moitié des travailleurs les moins bien rémunérés auraient perdu environ 17,3% de leur salaire" contre 6,5% pour l'ensemble des travailleurs.

Mais les subventions salariales temporaires, introduites ou étendues pour sauvegarder des emplois, ont "permis à de nombreux pays de compenser en partie la chute de la masse salariale et d'atténuer les effets de la crise sur les inégalités en matière de salaires", souligne l'OIT. Sur un échantillon de 10 pays européens pour lesquels des données sont disponibles, le rapport estime que les subventions salariales ont permis de "compenser 40% des pertes en termes de masse salariale totale".

266 millions de salariés rémunérés sous le salaire horaire minimum

L'Organisation observe également que des systèmes de salaire minimum - réglementés par la loi ou négociés - existent dans 90% de ses 187 Etats membres, sous des formes variables. Mais dans le monde, "266 millions" de salariés sont rémunérés "au-dessous du salaire horaire minimum en vigueur, soit parce qu'ils ne sont pas couverts pas la loi, soit en raison du non-respect de la législation".

Le directeur général de l'OIT, Guy Rider, a souligné lors d'une visioconférence de presse que des salaires minimums adéquats ont un potentiel "pour réduire les inégalités et la pauvreté" et jouer un rôle important pour une reprise "centrée sur l'humain". Mais ils doivent être bien conçus: "toucher suffisamment de monde", être fixés à un niveau adéquat et ajustés périodiquement en fonction des prix et de l'inflation, a-t-il ajouté.

Les conséquences de la pandémie vont "se faire sentir à long terme et il y a beaucoup de turbulences et d'incertitudes", a-t-il poursuivi, observant notamment que les vaccins ne sont pas en soi "une piqûre pour l'économie".

P.L. avec AFP