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Le FMI conseille à la BCE d'en finir avec les taux négatifs

Deux économistes du fonds ont examiné la politique de taux bas de la Banque centrale européenne. S'ils en reconnaissent l'efficacité, ils estiment qu'elle a atteint ses limites, les banques risquant de voir leurs bénéfices fondre.

La politique de la Banque centrale européenne écornée. Depuis juin 2014, l'institution a fait basculer son taux de dépôt en territoire négatif, ce qui signifie que les banques souhaitant loger leurs liquidités en trop à la BCE sont obligées de payer pour le faire.

Cette mesure visait à inciter les établissements à ne pas thésauriser leur cash pour, au contraire, prêter aux entreprises et aux ménages. Et, in fine, relancer l'inflation et l'économie. Son efficacité a toutefois fait l'objet de nombreux débat. "Les effets positifs ne sont pas évidents", considérait, par exemple, le président de la Banque des règlements internationaux, Jaime Caruana, en 2014.

Satisfecit et mise en garde

Deux économistes du FMI ont cherché à faire le bilan de cette politique de taux négatifs dans un article publié sur le blog du fonds, le 10 juillet dernier. Dans leurs conclusions, Andy Jobst et Huidan Lin reconnaissent d'abord l'efficacité de la mesure, notant que les coûts d'emprunt ont baissé à la fois pour les banques et leurs clients. De plus, les deux économistes observent une "modeste croissance des crédits, favorable à la croissance et à l'inflation". Au final, les taux négatifs ont incité les banques à réduire leur cash et à investir dans des titres plus risqués mais aussi plus rémunérateurs.

Jobst et Lind adresse donc un satisfecit. Mais, dans la foulée, ils lancent également plusieurs avertissements. Les deux économistes observent que cette politique n'a pas été sans impact pour les banques. Ces dernières, notamment celles qui ont d'importants excès de liquidités, ont vu leurs marges se comprimer. Notamment parce que plusieurs d'entre elles n'ont pu répercuter le coût des taux d'intérêts négatifs sur les dépôts de leurs clients, alors que, dans le même temps, elles ont abaissé les taux de leurs crédits.

Les banques vont devoir adapter leur modèle

Les banques ont, jusque-là, pu compenser cet effet avec des volumes de prêts plus élevés. Mais désormais, les économistes du FMI estiment que la BCE "n'a plus beaucoup de champ pour aller plus loin" sur les taux négatifs. Ils considèrent ainsi que la mesure a atteint ses limites. En effet, si les taux d'intérêt négatifs venaient à tomber davantage dans le rouge, les bénéfices des banques déclineraient, la hausse des volumes de crédit ne compensant plus la réduction de leurs marges. Ainsi, la mesure serait contre-productive: les banques s'attendant à faire moins de bénéfices, elles se verraient contraintes de réduire le prêts et basculeraient ainsi dans un cercle vicieux.

Ce risque mis en avant par le FMI a été identifié par la banque centrale. Le 28 juillet dernier, au cours d'une conférence, Benoît Coeuré, le membre français du directoire de la BCE, a reconnu que cette politique était un défi pour les banques. Mais aussi qu'elles allaient devoir adapter leur modèle.

Julien Marion et Elisabeth Hu