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Le chômage qui fait le yo-yo, bonne et mauvaise nouvelle à la fois

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"Les baisses et les hausses successives du chômage n'ont pas vraiment de causes structurelles et traduisent principalement un rapprochement des statistiques entre Pôle Emploi et l'Insee. Ainsi qu'une précarisation du marché du travail en France."

Hausse en décembre, baisse en janvier, hausse en février, baisse en mars... Depuis plusieurs mois maintenant, le chômage fait le yo-yo. Et sur les deux derniers mois, c'est même les montagnes russes. En février, le nombre de demandeurs d'emploi de catégorie A grimpait de 38.400, soit la plus forte hausse enregistrée depuis 2013. En mars en revanche, la baisse de 60.000 inscrits dans cette même catégorie n'avait plus été observée depuis près de 16 ans! À n'y plus rien comprendre. 

Le chômage est-il enfin en train de reculer ou continue-t-il son ascension vers de nouveaux sommets? À cette question, la plupart des économistes choisissent la première réponse, l'optimiste. "Pour 2016, nous prévoyons un recul du taux de chômage. Il atteindrait 9,7% en moyenne annuelle, après 10% en 2015, assure Axelle Lacan, économiste chez Coe-Rexecode. Cette baisse s’explique par la mise en œuvre du plan d’urgence pour l’emploi, dont l’effet restera toutefois de courte durée au vu de ses caractéristiques". Pour rappel, ce plan consiste en une formation pour les chômeurs, des baisses de charges pour les entreprises et des primes à l'embauche de 2.000 euros pour les PME. Un plan qui coûte tout de même 2 milliards d'euros.

Pôle Emploi passe le peigne pour réactualiser

Toujours au rayon des bonnes nouvelles, le nombre de chômeurs comptabilisés par Pôle Emploi était jusqu'à présent sur-estimé. Du moins au regard des chiffres de l'Insee (qui sont ceux du Bureau international du travail). Ainsi, l'institut estime qu'il y avait 2,86 millions de chômeurs en France à fin 2015 alors qu'ils étaient 3,58 millions selon Pôle Emploi. "Pour l'Insee, le chômage a commencé à baisser en 2015, on assiste donc à une convergence des chiffres de Pôle Emploi et de l'Insee", selon Patrick Artus, de Natixis.

Sauf que cette convergence, autrement dit cette baisse, ne signifie pas que les demandeurs d'emplois ont retrouvé un travail. Elle signifie simplement qu'ils ne sont plus comptabilisés. "Depuis 3 mois, 100.000 personnes ont déclaré une reprise d'emploi contre 226.000 pour les cessations d'inscriptions pour défaut d'actualisation, relève Patrick Artus. Mon hypothèse pour expliquer ces brusques évolutions du nombre de demandeurs d'emplois, c'est que Pôle Emploi passe de temps à autre un peigne pour réactualiser ses données". Ces demandeurs d'emploi plus comptabilisés sont ceux qui se découragent et sortent de la catégorie de la population active. Un phénomène qui prendrait de l'ampleur comme c'est le cas aux États-Unis où ce taux a grimpé de 5 points depuis 2008. 

Le yo-yo ne fait que commencer

Un biais statistique serait donc à l'origine de ce yo-yo mais il y a un autre phénomène. Celui de la hausse de la flexibilité du marché du travail. "Il y a certes une baisse de 60.000 demandeurs d’emploi en catégorie A en mars en France métropolitaine, mais le recul observé dans les catégories A, B et C est bien plus modeste (-8.700 seulement)", relève Axelle Lacan. Pour être plus clair, on crée des emplois mais ce sont de petits jobs pour une courte durée. Les personnes qui n'ont exercé aucune activité (les catégories A) sont moins nombreuses mais celles qui ont eu une activité réduite augmentent, elles. "Le marché du travail français est en train de se précariser", résume Patrick Artus. Et l'embellie sur le plan de l'emploi de 2016 devrait être aussi de courte durée. "Il ne faut pas en attendre des effets structurels et dès 2017, nous inscrivons une nouvelle remontée du taux de chômage, anticipe Axelle Lacan. La période de yo-yo n’est pas finie."

Frédéric Bianchi