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La France compte-t-elle (réellement) plus de travailleurs pauvres que l’Allemagne?

Selon l'OCDE, l'Allemagne compte moins de travailleurs pauvres que la France

Selon l'OCDE, l'Allemagne compte moins de travailleurs pauvres que la France - John MACDOUGALL / AFP

Dans une étude parue la semaine dernière, l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) affirme que la France compte davantage de travailleurs pauvres que l'Allemagne. Une observation contraire à celle d'Eurostat.

Bataille de chiffres. L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) a semé le doute la semaine dernière en dévoilant une étude affirmant que la France comptait davantage de travailleurs pauvres (7,1%) que l’Allemagne (3,7%) en 2015.

Un constat d’autant plus étonnant que la première puissance européenne est régulièrement présentée comme la championne des contrats précaires face à un modèle français perçu comme plus protecteur. 

D’ailleurs, Eurostat va plutôt dans ce sens, note Le Monde. Contrairement à l’OCDE, l’organe de statistique de l’Union européenne affirme que le taux de travailleurs pauvres en Allemagne est supérieur (9,5%) à celui de la France (7,5%).

Calcul individuel ou par ménages

Bien que contradictoires, les deux observations sont exactes. Elles ne reposent simplement pas sur la même méthode de calcul. D'abord, "il faut voir si l’on calcule le taux de travailleurs pauvres en prenant en compte un seuil du revenu médian à 50 ou 60%", explique Éric Heyer, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques. En effet, l'approche choisie de l'OCDE mesure la proportion de travailleurs pauvres à partir du nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté qu’elle a fixé à 50% du revenu médian, contre 60% pour Eurostat.

Surtout, Eurostat a comptabilisé les travailleurs pauvres de manière individuelle sur l’ensemble des personnes en activité, quand l’OCDE a pris en compte les ménages. Autrement dit, un salarié à temps partiel avec un faible salaire peut être considéré comme "pauvre" aux yeux d’Eurostat si l’on prend sa rémunération comme seul critère d’analyse. Mais, dans l’hypothèse où il serait en couple avec une personne travaillant à temps plein -disposant qui plus est d’un salaire plus élevé-, il ne serait probablement pas comptabilisé par l’OCDE.

L'Allemagne plus ouverte au temps partiel

"L’avantage de regarder en individuel c’est de voir si le travail permet de sortir de la pauvreté. Le fait de regarder au sein d’un ménage montre si le couple permet de sortir de la pauvreté. […] Mais c’est une autre approche qui ne répond pas à la question: est-ce que le travail permet de vivre décemment?", analyse Éric Heyer.

Or, l’Allemagne, dont le taux d’emploi est plus élevé que celui de la France, a davantage recours au temps partiel que son voisin (29,6% contre 18,1%). "Cela révèle des choix de société", observe Éric Heyer. Certains salariés allemands peuvent s’en contenter, par choix ou par dépit, s’ils sont membres d’un foyer au sein duquel l’autre adulte perçoit une rémunération supérieure à la leur. Auquel cas, leur situation ne sera pas considérée comme précaire. D’où la bonne performance de l’Allemagne au classement de l’OCDE.

P.L