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La BPI n’investira pas avec Bain dans Equans

Equans compte 74.000 salariés dont la moitié en France.

Equans compte 74.000 salariés dont la moitié en France. - Equans

Le fonds américain fait miroiter qu'il décrochera le soutien de la banque publique d’investissement. Mais, selon nos informations, elle ne souhaite pas l’accompagner pour
"franciser" son projet. Bain, Bouygues et Eiffage remettent leurs offres de rachat aujourd'hui.

C’est un soutien qui va beaucoup manquer à Bain Capital. Le fonds américain est l’un des favoris pour racheter Equans, la filiale de service à l’énergie mise en vente par Engie. Avec Bouygues et Eiffage, ils remettent ce mardi leurs offres fermes. Le gouvernement sera attentif aux engagements sur l’emploi et à la localisation française d’Equans qui compte 74.000 salariés dont la moitié en France.

"Compte tenu de la taille de la société, l’Etat aura le souci que les engagements sociaux et sur le périmètre soient pris en compte sur une longue période" a confié la semaine passée Martin Vial, le patron de l’Agence des participations de l’Etat (APE). Premier actionnaire d’Engie (24%), l’Etat validera le choix du repreneur.

Ces dernières semaines, Bain a tenté d’obtenir le soutien de la Banque publique d’investissement pour "franciser" son offre. Elle s’est déjà associée à Fimalac, la société de l’homme d’affaires Marc Ladreit de Lacharrière. Mais le caractère "public" de BPI France serait un atout majeur. L’entourage du fond américain a beau jeu de dire: "la BPI nous soutiendra si notre offre gagne", il n’en sera rien.

BPI toujours liée à Spie?

Selon nos informations, BPI France n’investira pas aux côtés de Bain Capital, même en cas de rachat d’Equans. "Nous n'avons aucune intention d'aller avec Bain, tranche un dirigeant de la banque publique. Equans est un dossier fermé". Au début du processus de vente, elle était engagée aux côtés de Spie, également spécialisé dans les services à l’énergie. Malgré le retrait de la course du principal concurrent d’Equans, BPI serait toujours lié à Spie par un accord d’exclusivité ce qui l’empêche d’investir avec un autre candidat, nous expliquent plusieurs sources proches du dossier.

Cette opération est aussi l’occasion pour la banque de montrer sa stratégie et son indépendance vis-à-vis de l’Etat.

"Leur logique était de soutenir un industriel français au départ, ce n’est pas pour terminer aux côtés d’un fonds américain, décrypte un proche de BPI France. Et nous ne sommes pas le bras armé de l’Etat".

Bain s'est tourné vers Fimalac

En réalité, le refus de BPI France a obligé Bain à faire évoluer son tour de table. "Bain est allé chercher Fimalac car BPI ne voulait pas venir, explique un banquier d’affaires. Et cela oblige aussi Engie à rester au capital d’Equans". Le fonds d’investissement multiplie les promesses pour rassurer les pouvoirs publics. Au point de s’effacer au profit de ses associés.

Ainsi, Fimalac s’engage à rester actionnaire d’Equans, autour de 20% à 30%, même après son introduction en Bourse dans cinq ans et la sortie de Bain. Ce dernier promet aussi à Engie, qui conserverait 20%, des "droits de veto sur les décisions stratégiques d’Equans, notamment pour dissiper les craintes de revente de la filiale américaine" assure un proche du fonds.

A défaut d’avoir le soutien de BPI France, Bain Capital peut s’appuyer sur celui des syndicats. S’ils n’ont pas officiellement pris position, leur préférence va au fonds américain qui a répondu à toutes leurs attentes sociales comme BFM Business l’a révélé. Selon nos informations, des représentants syndicaux ont même fait passer le message auprès du gouvernement qu’ils étaient favorables à l’offre de Bain. Un soutien qui pèse peut-être même davantage que celui de la BPI.

Matthieu Pechberty Journaliste BFM Business