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Quand un fonds vautour conseille l'Argentine

La Casa Rosa à Buenos Aires, le palais présidentiel argentin.

La Casa Rosa à Buenos Aires, le palais présidentiel argentin. - -

L'Argentine est censée être en guerre avec les fonds vautours qui réclament le remboursement intégral de la dette souveraine qu'ils détiennent. Pourtant l'un d'entre eux bénéficie d'un statut privilégié à Buenos Aires.

Le dépouillement des élections législatives partielles, qui se tenaient dimanche 27 octobre en Argentine, laisse la présidente Cristina Kirchner affaiblie. Certes, Elle conserve la majorité relative au Parlement, mais subit des défaites électorales dans des régions emblématiques, notamment la capitale. Un revers mis sur le compte d'une situation économique fragile.

L'Argentine, qui n'a plus accès aux marchés financiers ni à l'aide du FMI depuis qu'elle a fait défaut sur sa dette en 2001, peine désormais à vivre sur un excédent commercial qui diminue.

Les fonds vautours, qui ont racheté des titres de dette souveraine à prix cassés quand Buenos Aires a renoncé à rembourser ses créanciers, continuent par ailleurs de harceler le pays. Sauf un, Gramercy, qui serait devenu une sorte de conseiller financier officieux du gouvernement argentin, selon Les Echos ce 28 octobre. Une stratégie payante.

Cette société d'investissement américaine aiderait l'administration argentine à trouver des "solutions pour régler plusieurs dettes non honorées", stipule un document émanant du fonds, cité par le quotidien économique. A postériori, il apparaît que les processus que préconise Gramercy dans ce document daté de septembre 2012 sont strictement ceux qu'a appliqués Buenos Aires depuis.

Les solutions du fonds appliquées par Buenos Aires

Parmi plusieurs exemples, Les Echos citent la résolution du conflit avec Vivendi, créancier malheureux de l'Argentine depuis 1997. En 2012, Gramercy le visionnaire prônait de régler les dettes "faisant l'objet d'une procédure devant deux instances arbitrales internationales" via une remise de titres obligataires.

Vivendi, qui a porté le contentieux devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements, annonce justement il y a quelques jours une résolution du conflit. L'accord a été mis au point "en partenariat avec un fonds américain", assume le groupe de Jean-René Fourtou, et prévoit qu'il obtienne "des obligations de l'Etat argentin".

Ce fonds serait donc à la fois l'un des plus gros détenteurs de dette argentine et un conseiller de Buenos Aires sur la restructuration de sa dette. Dès lors, il jouit d'une "position privilégiée par rapport aux autres porteurs de titres", ce qui le met en "position de gagner beaucoup d'argent", constate Les Echos.

Le fonds, qui revendiquait en 2009 détenir 15% des titres de la dette argentine en circulation, a ainsi déjà fait des profits sur ces bons rachetés une bouchée de pain. Ses concurrents Eliott ou Aurelius, qui se sont montrés inflexibles en refusant systématiquement toute décote sur leurs titres, n'ont pour leur part rien obtenu d'autre que des jugements en leur faveur.

Nina Godart