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Pourquoi Donald Trump a nommé Jerome Powell à la tête de la Fed

Jerome Powell devrait s'inscrire dans la continuité de Janet Yellen

Jerome Powell devrait s'inscrire dans la continuité de Janet Yellen - Federalreserve - Flickr - CC

Le président américain a officialisé son choix ce jeudi. Cette décision lui permet à la fois de marquer une rupture avec l'ère Obama tout en conservant la politique monétaire actuelle.

Jerome Powell est quelqu'un qui brille plus par sa discrétion que par son exubérance. Pourtant cet ancien avocat va devenir l'une des personnes les plus puissantes au monde. Donald Trump vient en effet de nommer ce membre du parti républicain à la tête de la Réserve fédérale américaine (Fed), la plus importante banque centrale au monde. Si le Sénat américain confirme sa nomination, l'actuelle présidente, Janet Yellen céderait en février prochain sa place à Jerome Powell qui fêtera alors ses 65 ans.

Clairement Donald Trump brise une tradition avec cette nomination. Depuis près de 40 ans, la règle non écrite voulait qu'un président américain confirme dans ses fonctions le président (ou la présidente) de la Fed qui avait été nommé(e) par son prédécesseur. Barack Obama avait ainsi prolongé Ben Bernanke, initialement nommé par George W. Bush. De même, Alan Greenspan, qui avait été nommé par Ronald Reagan, fut confirmé dans ses fonctions à la fois par George H. Bush et Bill Clinton.

Le changement dans la continuité

Pour autant, la nomination de la Jérôme Powell (qui fait déjà partie du conseil des gouverneurs de la banque centrale) ne va pas se traduire par un bouleversement dans la politique monétaire des États-Unis.. "Aux yeux des marchés, il assure la continuité de Janet Yellen. Il connaît bien la banque centrale, a participé aux réunions du comité de politique monétaire, et n'a jamais été un membre dissident", souligne Christian Parisot économiste chez Aurel BGC. "Il semble être bien aligné avec le ton accommodant de Janet Yellen sur les taux", confirme Michael Pearce de Capital Economics.

Le changement dans la continuité en somme. Mais alors pourquoi ne pas avoir simplement reconduit Janet Yellen? "Il y a un aspect politique: Trump a pu vouloir affirmer son marquage politique et montrer qu'il peut amener un certain sang neuf à l'égard de la Fed", considère Christian Parisot. Dans une notre adressée à leurs clients et publiée la semaine dernière, les analystes de Beacon Policy advisors écrivaient que "compte tenu de la propension de Donald Trump à se comparer à Barack Obama et à vouloir briser son héritage, choisir Yellen pour un autre mandat n'aurait pas donné à Trump la satisfaction de laisser sa propre empreinte sur la Réserve Fédérale".

Il convient de noter à ce titre que si Janet Yellen n'avait pas de couleur politique définie, Jerome Powell lui est officiellement républicain et avait notamment contribué à la campagne de John McCain en 2008.

Le président de la Fed le plus riche depuis les années 40

Si Donald Trump voulait donc marquer son empreinte il semblait aussi vouloir conserver la politique monétaire actuelle de la Fed. Après avoir pourtant tiré à boulets rouges sur l'action de Janet Yellen durant la campagne, il a complètement changé de braquet une fois au pouvoir, déclarant "adorer" la présidente de la Fed, qui elle-même est très bien vue par les marchés. "J'aime beaucoup avoir des taux d'intérêt bas, il me faut être honnête avec vous" confiait-il ainsi en avril dernier au Wall Street Journal, marquant donc un revirement total puisqu'il accusait auparavant cette politique de taux bas de créer "une fausse économie". Mais comme le souligne Bloomberg, Donald Trump s'est, depuis, rendu compte que des taux bas rapprochaient l'économie américaine du plein emploi. Il lui fallait donc conserver cette politique économique tout en changeant le visage de la Fed. En ce sens, Jerome Powell apparaissait comme un bon compromis.

C'est davantage dans son profil que Jerome Powell marque une rupture avec ses prédécesseurs. Contrairement à Janet Yellen et Ben Bernanke, il n'est pas un universitaire et a effectué l'essentiel de sa carrière dans le secteur privé à Wall Street.

Powell devrait même être le premier président de la Fed depuis au moins trente ans à ne pas être économiste mais juriste. Il a en effet commencé à travailler comme avocat après avoir obtenu un diplôme en droit à la Georgetown University. Parmi ses faits d'armes, le sexagénaire a notamment effectué un passage au Trésor sous Bush senior où il a supervisé notamment le scandale de la banque Salomon Brothers, qui avait sciemment manipulé les marchés des bons du Trésor américain. Une affaire qui, a-t-il encore confié début octobre, lui "donne encore aujourd'hui des cauchemars". Il a par ailleurs travaillé de 1997 à 2005, pour le fonds d'investissement Carlyle Group. En 2012, Barack Obama, choisit de le nommer au sein du conseil des gouverneurs afin de maintenir l'équilibre du bipartisme, l'économiste démocrate Jeremy Stein faisant également son entrée à la Fed.

Son patrimoine pour le moins conséquent le fera aussi figurer parmi les plus aisés des banquiers centraux. Le plus riche même depuis les années 40 selon le Washington Post, qui cite des documents officiels évaluant son patrimoine dans une fourchette de 19,7 à 55 millions de dollars.

Julien Marion