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Macron et Merkel jugent illégales les taxes américaines sur l'acier et l'aluminium européens

Paris et Berlin qualifient d'"illégales" les taxes douanières sur l'acier et l'aluminium décidées par les États-Unis ce jeudi, tandis que les sidérurgistes européens réclament de l'aide. Emmanuel Macron s'est entretenu au téléphone avec Donald Trump.

Les réactions outrées se succèdent en Europe alors que le gouvernement américain a décidé de mettre fin aux exemptions de taxes douanières sur l'acier et l'aluminium dont bénéficiait notamment l'UE.

La chancelière allemande Angela Merkel a ainsi jugé ces taxes "illégales" ce jeudi. "Le gouvernement allemand rejette ces taxes" et la décision de les instaurer "porte en elle le risque d'une spirale nous entraînant dans une escalade qui au final nuira à tout le monde", a estimé Angela Merkel dans un communiqué. Berlin a par ailleurs répété que la réponse à "L'Amérique d'abord" serait "l'Europe unie".

Un peu plus tard, Emmanuel Macron a lui aussi "déploré" l'application de ces importants tarifs douaniers, la qualifiant à son tour d'"illégale" et d'"erreur". Des mots dont il a fait part directement au président américain jeudi soir, lors d'un entretien téléphonique. Le chef de l'État a assuré à Donald Trump que l'UE riposterait "de manière ferme et proportionnée". Il l'a aussi appelé à participer à des négociations avec l'UE, la Chine et le Japon pour renforcer les règles de l'OMC, ajoute l'Elysée qui n'a pas précisé la réponse de Donald Trump.

Des "contre-mesures dans les prochaines heures"

En France, c'est le Quai d'Orsay qui s'est indigné. Le secrétaire d'État français aux Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, a appelé Bruxelles à répondre en prenant des mesures de sauvegarde et de "rééquilibrage". "La France désapprouve ces mesures injustifiables et injustifiées", a-t-il déclaré à la presse en marge de la réunion annuelle de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à Paris, estimant que les États-Unis avaient apporté "une mauvaise réponse" à "l'urgence de refonder le commerce international".

L'annonce, formulée un peu plus tôt par le secrétaire au commerce de Donald Trump, Wilbur Ross, de mettre en place des taxes de 25% sur l'acier et de 10% sur l'aluminium, a été immédiatement suivie d'une réaction de la Commission européenne. Bruxelles affirme que des "contre-mesures" allaient être annoncées "dans les prochaines heures".

Inquiétude des sidérurgistes européens

Dans la foulée, la fédération européenne de l'acier Eurofer a condamné la décision de Washington et réclamé l'adoption rapide "de mesures de sauvegarde larges et complètes" géographiquement. "La mesure américaine est du pur protectionnisme, un mauvais jour pour le système commercial mondial", a déclaré le directeur général d'Eurofer, Axel Eggert, cité dans un communiqué. L'Union européenne "doit agir rapidement dans son propre intérêt pour défendre le marché intérieur", a-t-il ajouté.

Les sidérurgistes européens craignent que l'acier qui ne sera pas importé aux États-Unis en raison des tarifs douaniers ne se dirige vers "le marché de l'acier le plus ouvert du monde, l'Europe". Le directeur général d'Eurofer réclame donc "une mesure de sauvegarde déployée rapidement, qui couvre l'ensemble des produits qui seront affectés" et prévient qu'il "ne pourra pas y avoir d'exclusion de pays si la sauvegarde doit fonctionner".

Selon Eurofer, les importations d'acier dans l'UE ont augmenté de 8,4% sur les 4 premiers mois de l'année, "presque sûrement" un effet des taxes douanières des États-Unis, a ajouté la fédération.

N.G. avec AFP