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Les défaillances d'entreprises risquent de bondir de 15% en France en 2020

Dans son dernier baromètre, l'assureur-crédit Coface prévoit une très forte hausse du "risque de crédit des entreprises" en 2020, même si l'activité économique venait à reprendre progressivement au troisième trimestre.

Les entreprises risquent de subir encore de longs mois, voire des années, les répercussions financières liées à la pandémie de coronavirus. En atteste le dernier baromètre de l'assureur-crédit Coface qui indique que les défaillances d'entreprises devraient augmenter de 25% en 2020 à travers le monde compte tenu de la récession économique attendue.

"Le risque de crédit des entreprises sera en très forte hausse et ce, même si l'on se place dans un scénario où l'activité économique redémarrerait graduellement dès le troisième trimestre" et ne connaîtrait pas de deuxième vague épidémique, souligne l'étude.

De fait, selon l'économiste en chef de Coface, Julien Marcilly, cette crise revêt un caractère exceptionnel. 

Des origines sanitaires d'autant plus difficiler à gérer

Sur BFM Business, dans l'émission Inside ce lundi, il rappelle que "toutes les grandes crises précédentes avaient d'abord une origine financière (...) Ce qui veut dire que même si ces chocs étaient très brutaux, comme ils avaient d'abord une origine financière, eh bien les entreprises n'avaient été touchées que dans un deuxième temps". 

Selon Julien Marcilly, si une deuxième vague épidémique advenait, "le reprise observée au milieu du deuxième trimestre et surtout au troisième trimestre serait de courte durée", au point, poursuit-il, que "beaucoup d'économies retomberaient en récession dès le quatrième trimestre de cette année et plus sûrement encore au premier semestre de l'année prochaine (...) Même dans le scénario le plus optimiste que l'on retient comme scénario principal (...) les prévisions sont quand même assez pessimistes avec des récessions très marquées à la fois en zone euro et aux Etats-Unis. Ce qui va se traduire par des augmentations du nombre de défaillances d'entreprises à un rythme jamais vu depuis 2009", alerte l'économiste.

Explosion des défaillances aux Etats-Unis et au Royaume-Uni

Selon l'étude, les défaillances devraient en effet exploser aux Etats-Unis (+39%) et au Royaume-Uni (+33%) mais aussi augmenter fortement en France (+15%), en Italie (+18%), en Espagne (+22%) et, de façon un peu moins marquée, en Allemagne (+11%).

"Dans certains pays, les défaillances d'entreprise réagissent beaucoup plus rapidement et beaucoup plus fortement que dans d'autres à une même variation de l'activité économique" a relevé Julien Marcilly, lors d'une conférence de presse en ligne.

"Cela peut paraître paradoxal de voir les défaillances plus élevées aux Etats-Unis qu'en Europe alors que la récession devrait y être moins marquée" mais aux Etats-Unis, "le secteur des services a davantage de petites structures fragiles avec une profitabilité assez faible", explique-t-il.

"Il y a aussi sans doute moins de stabilisateurs automatiques (prestations sociales comme les dispositifs de chômage partiel, par exemple) et de coussins de sécurité pour les entreprises que dans d'autres pays".

Les économies émergentes plombées par les sorties de capitaux

Enfin, "le choc pourrait être encore plus violent dans les économies émergentes: outre la gestion de la pandémie qui s’annonce plus difficile, ils font en effet face à la chute des cours du pétrole ainsi qu’à quatre fois plus de sorties de capitaux qu'en 2008", d'après l'assureur-crédit, qui avait prévu en janvier une hausse des défaillances au niveau mondial de seulement 2% pour cette année.

Cette augmentation brutale des défaillances d'entreprises se profile sur fond de récession de l'économie mondiale, avec un produit intérieur brut (PIB) planétaire qui devrait diminuer de 1,3%, selon les prévisions de Coface.

Contraction du commerce mondial

Les économies de 68 pays pourraient connaître une récession, contre 11 seulement l'an dernier.

L'assureur-crédit entrevoit aussi une contraction du commerce mondial en volume pour la deuxième année de suite, mais qui devrait être beaucoup plus forte (-4,3%) que l'an passé (-0,4%).

Mais "on est dans une situation atypique où ce ne sont pas nécessairement les économies industrialisées qui échangent le plus à l'international qui vont être les plus pénalisées, mais celles dont l'économie interne va être grippée pendant un temps très long", d'après M. Marcilly.

JCH avec AFP