BFM Business

Le FMI maintient Christine Lagarde à sa tête malgré sa "négligence"

L'ex-ministre de l'Économie, jugée coupable lundi de "négligence" dans l'affaire de l'arbitrage Tapie, a néanmoins été maintenue à son poste de directrice générale du Fonds monétaire international.

L'ancienne ministre de l'Économie française Christine Lagarde a été jugée coupable lundi à Paris de "négligence" dans un scandale politico-financier majeur datant de 2008 mais a été maintenue à la tête du Fonds monétaire international. La dirigeante de 60 ans a affirmé qu'elle n'introduirait pas de recours contre le jugement rendu par la Cour de justice de la République (CJR), qui l'a par ailleurs dispensée de peine au nom de sa "réputation internationale".

"Ce n'est pas la décision que j'aurais préférée mais il faut à un moment savoir tourner la page, arrêter un procès et se consacrer aux tâches qui sont les miennes", a affirmé depuis Washington la directrice générale du FMI qui avait la possibilité de former un pourvoi en cassation contre ce jugement. "C'est un jugement curieux", a toutefois commenté Christine Lagarde, une ancienne avocate internationale de 60 ans qui risquait jusqu'à un an de prison et 15.000 euros d'amende.

Soutien des principaux États-membres

Réunie d'urgence après le jugement, l'instance de direction du FMI lui a presque aussitôt renouvelé sa "pleine confiance" en assurant que Christine Lagarde avait "la capacité" de rester aux commandes de l'institution qu'elle dirige depuis juillet 2011. Elle avait été reconduite l'été dernier pour un deuxième mandat de cinq ans.

Dans son communiqué, le conseil d'administration du FMI, qui avait la possibilité théorique de la destituer, a même tenu à rendre hommage à son "fantastique leadership" et au "respect et à la confiance" dont elle jouit sur le globe. Lundi, elle a pu compter une nouvelle fois sur les principaux États membres de l'institution qui lui ont invariablement apporté leur soutien tout au long d'une procédure sinueuse de plus de cinq ans.

Une forte popularité

De fait, Christine Lagarde jouit d'une forte cote de popularité au sein du FMI, dont elle a pris les rênes après la démission forcée de Dominique Strauss-Kahn en 2011, accusé d'agression sexuelle dans un hôtel new-yorkais. Offrant le visage plus consensuel d'une femme sportive et végétarienne, elle a su faire taire les sceptiques tout en ouvrant davantage le FMI aux pays émergents et à de nouvelles thématiques (inégalités sociales, changement climatique...).

"Elle a fait du très bon travail sur l'image du FMI en tant qu'institution, en lui garantissant une voix au chapitre, en s'impliquant dans la crise européenne et plus généralement en préservant l'utilité du FMI", assure Desmond Lachman, un ancien cadre de l'institution.

Des raisons plus politiques

Lundi, le gouvernement français, pourtant d'un bord politique différent du sien, lui a très vite apporté "toute sa confiance" après le jugement de Paris, en estimant qu'elle assurait son mandat au FMI "avec succès". Premiers actionnaires du FMI, les États-Unis ont également rendu hommage à une "dirigeante solide". "Nous avons toute confiance dans sa capacité à guider le Fonds dans un moment crucial pour l'économie mondiale", a souligné le secrétaire au Trésor américain Jacob Lew.

D'autres raisons plus politiques ont pu conduire les grandes puissances à préférer le statu quo à la tête d'une institution impliquée dans de difficiles plans de sauvetage financiers en Grèce, en Ukraine, en Egypte ou en Irak. À un mois de l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, peu de chancelleries semblent prêtes à provoquer une révolution de palais au FMI et à donner la chance à la prochaine administration américaine de placer un des siens à la tête de l'institution.

"Une question de crédibilité pour le FMI"

Malgré ces marques appuyées de soutien, cette nouvelle péripétie risque par ailleurs de ternir à nouveau l'image d'une institution qui demande la plus grande discipline aux États qu'elle renfloue mais semble être victime d'une malédiction avec ses directeurs généraux. Le prédécesseur de Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI, l'Espagnol Rodrigo Rato, est ainsi actuellement poursuivi en Espagne pour détournement de fonds quand il était banquier. "Il y a très clairement une question de crédibilité pour le FMI", assure Desmond Lachman.

Le FMI n'a pas vraiment besoin de ça, lui qui est souvent accusé d'imposer des cures d'austérité drastiques et qui est souvent brocardé à Athènes ou en Amérique du Sud. Selon Peter Doyle, un ancien cadre du FMI qui en a claqué la porte en 2014, cette succession de scandales doit conduire "à adopter un processus rigoureux" pour désigner le patron du FMI. Aux termes d'une règle non-écrite, les Européens désignent le patron du FMI tandis que les Américains se réservent la présidence de la Banque mondiale.

N.G. avec AFP