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Le FMI change de méthode pour évaluer la corruption

Le siège du Fonds monétaire international à Washington (image d'illustration)

Le siège du Fonds monétaire international à Washington (image d'illustration) - Mandel Ngan - AFP

Le FMI a annoncé l'adoption d'un nouveau cadre réglementaire destiné à évaluer de manière "plus systématique" la corruption dans ses 189 pays membres.

La corruption mine la croissance, les investissements et les recettes fiscales. Conscient de ces difficultés, le Fonds monétaire international a décidé d'adapter sa réglementation. Ce nouveau cadre, approuvé par le comité directeur du Fonds monétaire international, autorise les équipes de l'institution "à évaluer de manière régulière" la nature et la gravité de la corruption, indique le FMI. Une approche qui sera mise en oeuvre à partir du 1er juillet prochain, selon un responsable de l'institution internationale.

"Nous savons que la corruption affecte les pauvres, sape la confiance dans les institutions", a commenté la directrice générale du FMI Christine Lagarde. "L'accent est mis sur la gouvernance de façon globale, et pas seulement sur la corruption", a précisé l'institution. Car "les faiblesses de gouvernance ouvrent généralement des portes à la corruption", a ajouté le FMI. 

L'institution de Washington a par ailleurs souligné que la lutte contre la corruption ne devait pas se limiter à envoyer les coupables en prison pour être efficace. "Sa viabilité sur le long terme passe par des réformes réglementaires et institutionnelles de grande ampleur pour améliorer la transparence et la responsabilisation".

Le FMI s'attaque aussi aux acteurs extérieurs 

Fait nouveau, le FMI entend s'attaquer également aux acteurs privés que ce soit les entreprises privées qui se livrent à des pratiques de corruption ou qui contribuent au blanchiment d'argent. 

Pour ce faire, il encourage les pays membres "à se prêter volontairement à une évaluation de leurs dispositifs juridiques et institutionnels" dans le cadre des missions annuelles de surveillance du FMI. "Il s'agira de déterminer s'ils criminalisent et jugent le versement de pots-de-vin à des fonctionnaires étrangers, et s'ils disposent de mécanismes adéquats pour éradiquer le blanchiment et la dissimulation d'argent sale", précise le Fonds.

La corruption engloutit chaque année 2% de la richesse mondiale et nuit au partage équitable de la croissance économique, avait estimé le FMI dans un précédent rapport publié en mai 2016. À eux seuls, les pots-de-vins versés chaque année sur le globe totalisent entre 1.500 à 2.000 milliards de dollars, soit pas loin du produit intérieur brut (PIB) français, avait-il détaillé.

Les populations défavorisées sont les premières victimes 

Pays riches et en développement sont concernés mais ce sont les populations les plus défavorisées qui en sont les premières victimes dans la mesure où elles dépendent davantage de services publics plus coûteux en raison de la corruption.

"Nous savons également que la corruption détourne les jeunes de l'apprentissage et de l'éducation parce que réussir dépend de qui l'on connait et non pas de ce que l'on sait", a poursuivi Christine Lagarde. Jusqu'à présent, "notre analyse a souvent manqué de clarté", a-t-elle reconnu. "Cela va changer", avec ce nouveau cadre de travail, a-t-elle estimé.

Le FMI n'a pas de pouvoir policier en matière de corruption mais il peut exercer une certaine pression via ses programmes d'aides financières. Il a ainsi conditionné le déblocage de fonds supplémentaires pour l'Ukraine non seulement à la mise en oeuvre de réformes mais encore à de réels progrès dans sa lutte contre la corruption omniprésente dans le pays.

A.M. avec AFP