BFM Business

La Chine lance un plan d'investissement massif de près de 500 milliards d'euros

Le pays ne fixera pas d'objectif de croissance cette année, a annoncé son Premier ministre. Un bouleversement inédit pour le géant asiatique, toujours fragilisé par la pandémie de coronavirus.

Même si la Chine estime avoir gagné la guerre sanitaire contre le coronavirus, la guerre économique est loin d'être achevée. De quoi pousser le pays à ne pas fixer d'objectif de croissance pour 2020, une première.

Le pays, premier touché par le nouveau coronavirus, a officiellement largement jugulé l'épidémie sur son territoire, mais les conséquences du virus sur son économie sont amenées à durer et restent largement imprévisibles.

Fait inédit lors de l'ouverture de la session annuelle du Parlement, le Premier ministre chinois Li Keqiang a renoncé cette année à fixer un objectif de croissance, rompant avec une vieille tradition du régime communiste. "Notre pays sera confronté à certains facteurs qui sont difficiles à prévoir" en raison de la pandémie de Covid-19 qui paralyse la planète et plombe l'économie mondiale, s'est justifié M. Li dans un discours d'environ une heure dans le cadre solennel du Palais du peuple à Pékin.

Pour la première fois de son histoire, l'économie chinoise a décroché au premier trimestre (-6,8%) sous l'effet du virus qui a quasiment mis à l'arrêt l'activité du pays. La croissance était déjà tombée l'an dernier à 6,1%, sa pire performance en près de 30 ans, au moment où la guerre commerciale avec Washington s'intensifiait. 

Laisser filer le déficit

Le pays va par ailleurs laisser filer son déficit cette année à 3,6% du PIB (contre 2,8% l'an dernier) mettant ainsi un frein à sa politique de désendettement pour soutenir une économie en souffrance.

Le déficit du pays augmentera ainsi de 1.000 milliards de yuans (128 milliards d'euros) par rapport à l'an dernier, a précisé M. Li. La Chine n'a plus connu d'excédent budgétaire depuis 2007. "Si la situation (économique) est vraiment très mauvaise, la Chine pourrait augmenter davantage son déficit budgétaire", estime l'analyste Tommy Xie, à la banque OCBC. Cette semaine, le Global Times, quotidien en langue anglaise réputé proche du pouvoir, évoquait un déficit pouvant atteindre 8% du PIB.

Le Premier ministre a également annoncé l'émission de "Corona bonds", un emprunt d'Etat de 1.000 milliards de yuans en réponse à l'épidémie. Avec le déficit supplémentaire de 1.000 milliards, ces 2.000 milliards de yuans au total (256 milliards d'euros) permettront de soutenir l'emploi et seront intégralement destinés aux collectivités locales. Ces dernières sont priées de "se serrer la ceinture" et de donner la priorité à l'emploi, au moment où le taux de chômage atteint 6%.

Pékin entend également rééquilibrer son économie vers la consommation intérieure, au moment où la pandémie paralyse ses principaux partenaires commerciaux, l'Union européenne et les Etats-Unis, et pénalise les exportations, un secteur clé pour le géant asiatique.

Investissements dans les infrastructures

Pour ce faire, l'empire du Milieu va lancer un vaste plan d'investissement d'un montant de 3.750 milliards de yuans (481 milliards d'euros) pour financer les infrastructures et par ricochet la consommation.

Ces investissements seront notamment destinés au déploiement de la technologie 5G, appelée à révolutionner les communications, et à généraliser les véhicules à énergies nouvelles, a indiqué le Premier ministre chinois.

Pékin avait déjà annoncé en mars une prolongation pour deux ans de l'exemption de taxes à l'achat de véhicules propres, pour relancer un secteur automobile qui emploie quelque 5,5 millions de personnes. 

OC avec AFP