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Jeans, maïs et lunettes… ces produits américains que l’Europe surtaxe déjà

Les jeans Hudson sont fabriqués à Los Angeles.

Les jeans Hudson sont fabriqués à Los Angeles. - Joshua Blanchard / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Face à la menace de Donald Trump de taxer les importations d’acier et d’aluminium, les Européens ont décidé de préparer la riposte. Une liste de biens qui feront l'objet de droits de douane supplémentaires est en cours d’élaboration. Mais des produits américains sont déjà ciblés par des sanctions.

Motos Harley-Davidson, whisky Bourbon, jeans Levi’s… ces produits emblématiques des États-Unis pourraient bientôt être davantage taxés lors de leur entrée sur le sol européen. Devant les menaces de Donald Trump de frapper de droits de douane les importations d’acier et d’aluminium (et peut-être d’autres biens), Bruxelles prépare sa riposte. Les Européens sont en train d’élaborer une liste de 3,4 milliards de dollars (2,8 milliards d’euros) de biens importés des États-Unis sur lesquels seront appliqués une taxe de 25%, selon Reuters.

Bruxelles n’a pas attendu l’arrivée de Donald Trump pour sanctionner les mauvaises pratiques des États-Unis. En 2005, le Conseil de l'Union européenne a imposé une taxe supplémentaire de 15%, en plus des droits de douanes appliqués à tous les pays tiers, sur les importations de maïs doux, de montures de lunettes, de camions-grue et de jeans haut de gamme pour femmes venus d'outre-Atlantique.

Mesures déloyales

Cette sanction a été validée par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), car elle sert à compenser des mesures déloyales mises en place par les États-Unis. Un loi américaine appelée Continued Dumping and Subsidy Offset Act (CDSOA) ou amendement Byrn, entrée en vigueur en 2000, permettait à l’État fédéral de reverser à des entreprises américaines les recettes d’une taxe prélevée sur des importations.

En 2005, l’Union européenne a estimé le préjudice à 27,8 millions de dollars (22,5 millions d’euros). Chaque année, ce montant est réévalué et Bruxelles module la surtaxe en fonction de celui-ci. Le taux est aujourd’hui fixé à 4,3%, l’UE ayant calculé le préjudice à 8,16 millions de dollars (7 millions d’euros) début 2017. En février dernier ce montant a été revu à la baisse une fois encore, la surtaxe tombera à 0,3% au 1er mai. Il faut dire que la CDSOA n’est officiellement plus en vigueur depuis 2007, mais le mécanisme continue de fonctionner.

Frapper l'industrie locale... et les électeurs

Les quatre biens sanctionnés par l'UE sont ciblés de façon stratégique. Il s’agit essentiellement de PME qui produisent et emploient toujours des salariés sur le territoire américain. Les montures de lunettes vendues dans le monde sont presque toutes fabriquées en Chine par exemple. Quant aux jeans denim, la surtaxe touche surtout des marques américaines peu connues du grand public -comme Siwy, Hudson et Joe’s. Ces derniers fabriquent dans la région de Los Angeles des jeans vendus plus de 220 dollars pièce (178 euros).

Les nouvelles sanctions que préparent Bruxelles pour répondre à Donald Trump vont encore plus loin. Il s’agit non seulement de pénaliser l’industrie locale, mais également de cibler les biens produits dans les États où vivent et travaillent les électeurs du successeur de Barack Obama.

Sur les dix usines qui fabriquent des jeans Levi’s aux États-Unis, trois sont sises au Texas et une en Caroline du Nord, des États qui ont donné Donald Trump vainqueur en novembre 2016. Idem pour le Wisconsin, où sont fabriqués les Harley-Davidson, ainsi que le Kentucky et le Tennessee où sont produits la plupart des Bourbons.

Jean-Christophe Catalon