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Iran: coup de colère de Bruno Le Maire contre les États-Unis

Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, considère que les États-Unis se placent en "gendarme économique de la planète"

Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, considère que les États-Unis se placent en "gendarme économique de la planète" - Brendan Smialowski / AFP

En rétablissant les sanctions contre l'Iran, Donald Trump menace des milliers emplois et remet en question d'importants contrats conclus en Iran par des entreprises françaises et européennes. Pour le ministre de l'Économie, la décision américaine est "inacceptable". Mais comme les responsables des autres pays européens, il n'a pas de plan B.

Dans une partie d’échecs, la décision de Donald Trump de rétablir les sanctions visant l'Iran pourrait être comparable à la diagonale du fou. En un coup, cette stratégie permet de gagner une partie en déstabilisant les adversaires. D’autres pourraient qualifier cette décision de "coup de Jarnac" au regard des conséquences économiques pour les entreprises françaises et européennes.

Bruno Le Maire, ministre de l'Économie, a vivement réagi ce matin lors d'un entretien à France Culture. Il estime "inacceptable" que les États-Unis se placent ainsi en "gendarme économique de la planète". Le retrait annoncé mardi donne par exemple une période de 90 à 180 jours aux entreprises pour résilier les anciens contrats noués en Iran, tandis qu'il est interdit d'en conclure de nouveaux, sous peine de subir des sanctions.

Total, Sanofi, Renault, Accor, PSA ou Airbus

En effet, les entreprises qui pourraient être tenté de faire fi du rétablissement des sanctions risquent gros. Parmi elles, des fleurons de l’industrie française comme Total, Sanofi, Renault, Accor, PSA ou Airbus. En travaillant avec l’Iran, elles pourraient mettre en danger leurs activités aux États-Unis et risquent de lourdes amendes. En 2014, BNP Paribas, accusée de violation d’embargo à cause de transactions légales mais réalisées en dollars, a ainsi dû verser une amende de 10 milliards de dollars pour conserver sa licence sur le sol américain.

Mais aussi, le principe américain d’extraterritorialité leur interdit aussi de vendre à l’Iran des produits s’ils présentent plus de 10% de composants américains. Une situation qu’a déjà connu Airbus qui dispose de sites de production aux États-Unis et dont les avions sont truffés de technologies américaines.

En 2016, l’avionneur européen a dû obtenir une autorisation des autorités américaines pour finaliser la vente de 100 avions à Iran Air. Cette contrainte avait permis à l’américain Boeing de profiter de la situation en signant un contrat de 16,6 milliards de dollars pour 80 appareils. Airbus a finalement réussi à vendre une centaine d'avions pour 10 milliards de dollars à d’autres compagnies. Ces appareils devaient être livrés en fin d'année. Après l'annonce de Donald Trump, Steve Mnuchin, secrétaire au Trésor américain, a annoncé que les autorisations de vendre des avions de ligne à l'Iran seront bientôt retirées à Airbus et Boeing.

Tenter de faire jouer les clauses "grand-père"

Un accord d'exception est-il envisageable sur certains dossiers? C'est que tente de négocier Bercy en accord avec l'Europe. Bruno Le Maire a annoncé qu'il aurait "un entretien téléphonique d'ici la fin de la semaine avec Steve Mnuchin pour étudier avec lui quelles sont les possibilités" pour éviter ces sanctions. Il compte faire valoir les "clauses grand-père", à savoir le maintien des droits aux entreprises déjà en place.

Pour PSA, la décision du président américain risque de bousculer ses ambitions aux États-Unis. Le groupe automobile, qui n’y est plus présent depuis 1991, comptait lancer un service d’autopartage dans plusieurs villes américaines. Il devra choisir. Quant au groupe Accor qui a ouvert en 2015 un hôtel à Téhéran, le choix est encore plus délicat. Il pourrait devoir fermer ce site pour éviter des sanctions.

L’heure est désormais à la négociation au cas par cas et dans le délai imposé par les Américains. Accepteront-ils de faire des "exceptions"? Ce sera difficile, d’autant que d’autres sociétés déjà pénalisées par des sanctions pourraient réclament aussi une clémence. Parmi elles, le chinois ZTE qui a été condamné à de pas utiliser de technologies américaines, dont Android l’OS de Google, pendant sept ans pour avoir enfreint l’embargo avec Iran et la Corée du Nord. Sur ce dossier, l’administration américaine est totalement inflexible.

Pour le moment, Bercy ne dit mot sur les arguments qu'il compte présenter à Donald Trump pour l'inciter à assouplir sa position. Selon un proche du dossier, l'affaire n'est vraiment pas simple. "La France ne reçoit évidemment aucune instruction des États-Unis qui est un partenaire", signale cet expert à BFMBusiness.com. Mais, "le dialogue est compliqué" du fait du principe d'extraterritorialité qui permet légalement d'imposer des décisions américaines à tous les autres pays. Et face à cela, "ni la France, ni l'Europe n'ont de plan B", nous précise ce spécialiste.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco