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Guerre en Ukraine: comment la Russie parvient à importer des produits occidentaux malgré les sanctions internationales

Alors que la guerre en Ukraine se poursuit depuis bientôt six mois, les consommateurs russes ont toujours accès à certains produits occidentaux. Un accès permis par un système d'importations parallèles qu'encourage le Kremlin afin de ne pas perturber le mode de vie des habitants.

Vladimir Poutine fait tout pour maintenir l'illusion auprès de ses concitoyens. Voilà bientôt six mois que ses troupes ont envahi l'Ukraine, provoquant une guerre entre les deux pays. Face à cette agression, une grande partie de la communauté internationale s'est accordée sur des sanctions sévères pour frapper l'économie russe. Des sanctions toujours maintenue à l'heure actuelle mais qui n'ont pas anéanti l'accès des consommateurs russes aux produits occidentaux.

Le Guardian évoque dans un article la mise en place d'un véritable système d'importations parallèles pour contourner ces sanctions internationales. Concrètement, des entrepreneurs locaux achètent des produits occidentaux qu'ils acheminent sur le sol russe en les faisant transiter par les pays frontaliers membres de l'Union économique eurasiatique: l'Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan et le Kirghizstan.

Un outil politique

Bien que qualifiées de "parallèles", ces importations sont en réalité encouragées par le pouvoir russe qui y voit un outil politique pour limiter l'immiscion du conflit et de ses conséquences dans le quotidien des habitants. En effet, ces derniers ont rapidement été confrontés à une fuite des grandes entreprises établies en Russie sous la pression des sanctions décidées contre le Kremlin.

"L'importation parallèle joue donc son rôle en veillant à ce que la vie ne soit pas perturbée par la guerre. Poutine ne veut pas que les Russes changent leurs habitudes à cause de la guerre, mais qu'ils continuent à vivre comme avant. Les produits de consommation occidentaux qui peuvent sembler insignifiants peuvent avoir beaucoup de valeur pour le Russe moyen", explique le sociologue Grigory Yudin au quotidien britannique.

Plusieurs catégories de produits sont concernées par ce circuit comme le prêt-à-porter, l'automobile ou encore la technologie. En réponse aux sanctions politiques et financières, Moscou a publié une liste de produits de constructeurs automobiles, d'entreprises technologiques et de marques de consommation étrangères éligibles à l'importation parallèle. Les entreprises russes peuvent ainsi les acheter à une société étrangère et ce, sans l'approbation des propriétaires de la marque en question.

Des possibilités de marges plus importantes

Le Guardian cite plusieurs exemples pour illustrer le phénomène comme Aleksandr Gorbunov, un investisseur immobilier de Sibérie qui vient d'ouvrir un magasin pour vendre des vêtements Zara importés du Kazakhstan. Montant total du lot de marchandise: plus de 27.000 euros. "Tout est officiel, c'est de l'importation parallèle [...] Nous n'achetons pas tout... Nous avons un designer qui choisit ce qu'il faut acheter parmi les dernières collections - nous ne voulons pas simplement remplir notre magasin de vêtements Zara", insiste celui qui réalise une marge d'un peu plus de trois euros sur chaque vente.

Spécialisé dans la revente de produits Apple, le détaillant re:Store parvient à proposer dans ses rayons les derniers téléphones portables et ordinateurs seulement un mois après leur sortie. De son côté, Ararat Mardoyan est un propriétaire d'entreprise moscovite de courtage automobile et a déjà importé plusieurs dizaines de voitures de luxe au cours des six derniers mois. Commandées à Dubaï, en Inde, en Chine ou en Amérique du Sud, elles sont expédiées en Russie depuis l'Arménie ou le port iranien d'Anzali.

"La demande de voitures occidentales est là. Elle est énorme [...] Et les revendeurs sont désormais la seule offre disponible [...] Je n'appellerais pas cela de l'importation parallèle - l'importation réelle a totalement cessé et c'est donc la seule qui reste", constate Ararar Mardoyan.

Ce nouveau monopole permet au chef d'entreprise de réaliser des marges plus importantes: "La demande de voitures de luxe est particulièrement importante, des voitures qui coûtent plus de 100.000 dollars [...] Nous vendons les voitures environ 20% plus cher qu'auparavant".

Télégram comme nouvelle plateforme de commerce

Les outils numériques constituent aussi des leviers pour maintenir l'accès aux produits occidentaux. C'est le cas des plateformes électroniques de commerce russes comme Ozon et Wildberries qui assouplissent les restrictions imposées aux vendeurs grâce à des lignes d'approvisionnement beaucoup plus larges et étendues géographiquement.

Enfin, la messagerie Télégram sert également de plateforme de commerce pour des produits de luxe, des appareils électroniques ou même la gestion de transactions financières compliquées tel que le transfert d'argent liquide entre la Russie et les États-Unis. Habitant du Kirghizistan, Nurbek a acheté environ 300 iPhones et 100 MacBooks qu'il a ensuite revendu en Russie grâce à Télégram.

"Je connais des amis qui le font au Kazakhstan, en Ouzbékistan et dans d'autres pays post-soviétiques, évoque-t-il auprès du Guardian. Je prends une part d'environ 5% de la vente, donc je gagne vraiment bien ma vie. C'est mieux que de travailler dans le bâtiment ou comme chauffeur de taxi."
Timothée Talbi