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Etats-Unis: faut-il craindre une explosion des crédits étudiants?

Les crédits étudiants atteignent 1.000 milliards de dollars aux Etats-Unis.

Les crédits étudiants atteignent 1.000 milliards de dollars aux Etats-Unis. - -

Depuis lundi 1er juillet, les taux des prêts étudiants accordés par l'Etat ont doublé, passant de 3,4 à 6,8%, alors que les encours avoisinent les 1.000 milliards de dollars. Mais cette hausse ne sera pas pour autant synonyme d'explosion.

Encore une fois, la population américaine fait les frais de la discorde qui règne au Parlement américain. Depuis lundi 1er juillet, les prêts des taux étudiants accordés par l'Etat ont vu leurs taux doubler, de 3,4 à 6,8%. La faute aux parlementaires américains qui n'ont pu arriver à un consensus pour empêcher cette augmentation programmée.

L'annonce a de quoi donner des sueurs froides quand on sait que les encours de prêt étudiants dépassent les 1.000 milliards de dollars (763 milliards d'euros) outre-Atlantique.

Depuis 2008, ces encours n'ont cessé de progresser, alors que dans le même temps les ménages américains ont réduit leur endettement sur l'ensemble des autres prêts. Le poids de ces crédits étudiants est ainsi le plus important dans l'économie américaine, derrière celui des crédits immobiliers.

Or, selon le Consumer Finance Protection Bureau, plus de 80% des prêts étudiants sont financés ou garantis par le gouvernement américain. De plus, leur qualité se dégrade sensiblement. "Selon la Réserve Fédérale de New York, le taux de défaillance [des prêts étudiants, ndlr] est passé de 8,7%, en 2009 à 11,7% au dernier trimestre 2012, soit une détérioration de 35%", explique Ekaterina Molodova, économiste bancaire chez BNP Paribas.

Une vague de défauts peu probables

L'inaction des politiques de Washington va-t-elle pour autant déclencher une bombe, façon subprimes? Peu probable.

Tout d'abord les hausses de taux ne sont pas rétroactives, c'est à dire qu'elles ne s'appliquent pas aux anciens prêts, et donc aux 1.000 milliards de dollars déjà en circulation. Et, concernant les nouveaux prêts, "la relation entre l'augmentation des taux d'intérêts et le nombre de défauts sur les crédits étudiants n'est pas linéaire. Il est possible que les conditions de souscription changent pour devenir plus strictes", détaille Ekaterina Molodova. Autrement dit, les étudiants devraient davantage montrer patte blanche pour bénéficier d'un crédit, ce qui réduirait le risque de défaut.

"Ou, au contraire, la structure des prêts pourraient changer. La durée de remboursement, notamment, pourrait augmenter", poursuit-elle. Du coup les mensualités seraient plus faibles et donc plus soutenables.

Barack Obama a remboursé son prêt étudiant en...2004

Plus globalement, Ekaterina Molodova, estime que l'économie américaine n'est pas menacée par la hausse des taux des crédits étudiants. Le pays renoue avec une croissance proche des 2% qui devrait encore progresser en 2014 à 3% (selon le FMI).

L'ajustement récent du marché immobilier, qui joue à la hausse sur les revenus des ménages, ainsi que la baisse du chômage sont autant d'éléments positifs "qui peuvent soutenir [cette] croissance et absorber les possibles effets négatifs de cette hausse des taux", explique l'économiste.

Enfin, et non des moindres, les parlementaires américains peuvent très bien décider, une fois le 4 juillet et la fête nationale américaine passés, de rectifier le tir. Il est également possible que Barack Obama tente de faire pression pour accélérer les discussions. Après tout la First Lady, Michelle, et lui-même n'ont fini de rembourser leurs prêts étudiant qu'en…2004.

Julien Marion