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Davos veut "construire un avenir commun dans un monde fracturé"

La 48ème édition de ce Forum a lieu du 23 au 26 janvier. 3000 participants sont attendus.

C'est dans une abondance de neige et d'optimisme que se rassemble à Davos l'élite mondiale, grande gagnante d'une reprise économique qui laisse une bonne partie de la planète à l'écart. Cette 48e édition du Forum, du 23 au 26 janvier, rassemble dans la très huppée station de sports d'hiver de l'est de la Suisse, 3000 participants, dont 70 chefs d'État ou de gouvernement et 38 chefs d'organisations internationales majeures, autour du thème "Construire un avenir commun dans un monde fracturé", a indiqué le WEF dans un communiqué.

"Notre monde est aujourd'hui fracturé en raison de la concurrence croissante entre les nations et des profondes divisions au sein des sociétés. Pourtant, l'ampleur des défis auxquels est confronté notre monde rend plus que jamais indispensable une action concertée, collaborative et intégrée", a déclaré le professeur Klaus Schwab, fondateur et président du WEF.

Tout Davos attendra Donald Trump

Le Premier ministre indien Narendra Modi - qui sera accompagné de deux maîtres de yoga - puis son homologue canadien Justin Trudeau lanceront ce mardi ce rendez-vous. Leur succèderont entre autres le président français Emmanuel Macron, qui a reçu lundi à Versailles un bon nombre de PDG en route pour Davos, et la chancelière allemande Angela Merkel, dont c'est le grand retour international depuis les élections de septembre.

Mais tout Davos attendra Donald Trump: l'imprévisible président américain entend bousculer les chantres du libre-échange de Davos en vantant sa politique "L'Amérique d'abord". La Maison Blanche a confirmé sa venue, qui avait semblé compromise par la crise budgétaire aux États-Unis, désormais résolue. Son discours vendredi sera le point d'orgue annoncé d'une semaine de séances de méditation, de discours, de rencontres confidentielles et de tables rondes sur "l'innovation disruptive" ou "les infrastructures résilientes".

Le tout sur fond d'optimisme généralisé pour la croissance mondiale: le Fonds monétaire international (FMI) a encore relevé lundi sa prévision de croissance pour 2018 et 2019, en comptant sur des retombées positives de la vaste réforme fiscale engagée aux États-Unis. Selon une enquête du cabinet PwC, réalisée auprès de 1.300 dirigeants d'entreprises dans le monde, 57% d'entre eux pensent que la croissance mondiale va s'affermir dans les 12 prochains mois, un record depuis 2012. "Nous avons constaté une reprise large de l'économie mondiale et le discours sur une ère de stagnation semble s'être dissipé", indique à l'AFP Nariman Behravesh, chef économiste de la société IHS Markit, pour qui l'embellie va se poursuivre au moins un an, voire deux. 

"On exploite les personnes"

Et c'est l'élite rassemblée à Davos qui capte l'essentiel de cette croissance retrouvée, selon l'ONG Oxfam. Elle a tenu à rappeler lundi que 82% de la richesse créée l'an dernier dans le monde a terminé entre les mains de 1% de la population de la planète. "On exploite les personnes qui fabriquent nos vêtements, qui assemblent nos téléphones portables et cultivent les aliments que nous mangeons, afin de garantir un approvisionnement constant en produits pas chers, mais aussi pour grossir les profits des entreprises et leurs riches investisseurs", s'est insurgée la directrice d'Oxfam Winnie Byanyima à l'adresse des participants.

Parmi eux, il y a par exemple Jamie Dimon. Le PDG de la banque américaine JPMorgan Chase va toucher 29,5 millions de dollars pour l'année 2017, retrouvant sa rémunération d'avant le cataclysme financier de 2008. "Nous ne pouvons continuer à aller de l'avant en faisant comme si la pauvreté et l'injustice croissantes n'avaient pas une cause", a déclaré pour sa part le pape François dans un message lu à Davos hier.

Dans un autre registre, le chef économiste du FMI Maurice Obstfeld est aussi venu jouer les rabat-joie, près de dix ans après la faillite de Lehman Brothers. "La prochaine récession pourrait venir plus vite que nous le pensons, et les munitions pour la combattre sont bien plus limitées, surtout parce que les dettes publiques sont bien plus élevées" qu'il y a dix ans, a-t-il dit à Davos.

D. L. avec AFP