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Comment la crise ukrainienne plombe l'économie russe

L'économie russe, déjà fébrile, va souffrir de la crise ukrainienne.

L'économie russe, déjà fébrile, va souffrir de la crise ukrainienne. - -

A Moscou, les marchés financiers sont extrêmement tendus et le rouble chute à des niveaux sans précédent, ce 3 mars. La crise ukrainienne va affecter largement l'économie russe.

La tension est montée d'un cran en Ukraine ce week-end, après l'intervention de l'armée russe en Crimée. Une démonstration de force condamnée à l'unanimité par les pays occidentaux.

Dans cette ambiance de guerre froide, les bourses européennes dévissent, et l'économie russe est touchée de plein fouet. L'indice boursier de référence à Moscou perd plus de 13%, ce lundi 3 mars en début d'après-midi.

Outre l'effet de panique sur ses marchés, le rouble dévisse. Il est tombé à un plus bas historique face au dollar. Face à la tempête financière, la banque centrale a annoncé à la surprise générale une hausse "temporaire" de son taux directeur à 7%, contre 5,5% auparavant. Un moyen de défendre sa monnaie et d'éviter une fuite des capitaux.

Les réserves de change au plus bas

La crise ukrainienne va d'autant plus affecter l'économie russe que la situation n'avait déjà rien de brillant. L'inflation dépasse les 6%, et en janvier, le Fonds monétaire international n'a tablé que sur 2% de croissance en 2014.

En début d'année, une reprise équilibrée restait pourtant envisageable, malgré un très mauvais démarrage de l'investissement. Mais c'est peut-être déjà une hypothèse à enterrer.

Dès lors que la croissance russe tourne avec le seul moteur des ventes de détail, l'effondrement du rouble ne peut que raviver les souvenirs de la flambée des prix des produits importés.

A la Banque centrale, on va voir les réserves de change se contracter davantage encore. Or il y a pratiquement un mois, elles étaient déjà tombées à leur plus bas depuis trois ans.

La fuite de capitaux s'intensifie

Avant même cette séance de panique à Moscou, le ministère de l'Economie a indiqué que les sorties de capitaux au 1er trimestre équivaudraient à plus de la moitié des fonds qui ont quitté le pays durant toute l'année 2013.

Le système bancaire a beaucoup à craindre d'une accélération de ce mouvement. Et peut-être autant, d'une faillite de l'économie ukrainienne. Les grandes banques publiques devraient accuser des pertes considérables sur leurs créances ukrainiennes. L'agence de notation financière Moody's évoque un risque de 20 à 30 milliards de dollars.

Si, en parallèle, des sanctions étrangères sont décidées pour tarir les flux vers ces mêmes banques russes, c'est l'ensemble du crédit aux particuliers et aux entreprises en Russie qui pourrait ainsi s'assécher.

Et ce, à une période où l'Etat devra aussi faire face à un possible recul de ses rentrées en devises en raison d'un dérèglement des exportations des grandes compagnies minières et d'hydrocarbures. Il faudra alors oublier les 2% de croissance.

Benaouda Abdeddaïm