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Ce patron doit regretter d'avoir instauré le Smic à 6.000 dollars

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- - Capture vidéo Grvity Payments

Dan Price, qui dirige une société américaine avait divisé en début d’année son salaire par 14 pour augmenter ses salariés. Un geste d’une grande générosité... qui ne lui a apporté que des problèmes.

Peut-on instiller une petite dose de communisme dans l’entreprise ? C’est ce qu’a tenté de faire un généreux patron américain en mars dernier. Dan Price, Pdg de Gravity Payments, une société de carte de crédit basée à Seattle, a accepté de diviser son salaire par 14 pour redistribuer cet argent à ses salariés.

Concrètement ce jeune chef d’entreprise qui gagnait 1 million de dollars par an émarge depuis quelques mois à 70.000 dollars. Avec la somme économisée, il ainsi pu augmenter l’ensemble de ses 120 salariés. Désormais le salaire minimum dans l’entreprise est de 70.000 dollars par an, soit près de 6.000 dollars par mois (5.400 euros), alors qu’auparavant ses employés gagnaient en moyenne 48.000 dollars par an.

Un geste d’une rare générosité qui lui a valu un gros buzz et fait une sacrée pub à son entreprise... avant de se retourner contre lui. Car si cette méthode de management a fait rêver nombre de salariés dans le monde, elle n’a pas forcément été du goût de certains de ces clients. La compagnie, explique Dan Price au New York Times, a été autant applaudie que critiquée par ses clients.

Pire, nombre d’entre eux ont résilié leur contrat. Pour des raisons idéologique pour certains (l’utopie communiste n’a pas plus de succès aujourd’hui qu’il y a 50 ans au pays de l’Oncle Sam) voire par crainte des augmentations tarifaires que cette hausse de salaire aurait pu engendrer. Et ces défections n’ont semble-t-il pas été marginales puisque la société reconnaît avoir aujourd’hui quelques problèmes de trésorerie.

Les cadres mécontents d'être tous au même niveau

Mais au moins, pense-t-on, si cette décision n’a pas fait l’unanimité auprès des clients, les salariés eux, galvanisés, vont se retrousser les manches pour en conquérir de nouveaux. Apparemment même pas. Si la décision semblait au départ faire l’unanimité, elle est depuis une source de tension en interne. Les cadres voyant d’un mauvais œil le fait d’être payés comme des débutants. A l’instar de la directrice financière qui a donné sa démission jugeant injuste d’augmenter fortement les gens avec le moins de compétence (les bas salaires ont mathématiquement le plus profité de l’augmentation) "alors que ceux qui en font le plus n'ont eu presque rien", explique-t-elle dans la presse.

Et ce n’est pas la seule à avoir quitté cette entreprise aux pratiques trop égalitaristes. D’autres cadres ont aussi claqué la porte de l’entreprise jugeant que cette politique de salaire minimal de 70.000 dollars garanti ne poussait pas à se dépasser. "Maintenant ceux qui font à peine leurs heures gagnent autant que moi, s’est ému dans le New York Times l'un des démissionnaires. Résultat, ce sont eux qui donnent le rythme dans l’entreprise." Des clients inquiets, des cadres frustrés et des actionnaires en colère. Ainsi, le co-fondateur de l’entreprise qui n’est autre que le frère de Dan Price aurait porté plainte contre ce dernier qui aurait sapé selon lui la pérennité de l’entreprise avec sa politique managériale.

Le contre-exemple en Turquie

De quoi décourager les patrons tentés par de grands élans de générosité ? Pas forcément. Il y a quelques semaines, le fondateur d’une entreprise turque de livraison de repas à domicile qui venait de céder son entreprise a reversé une partie de l’argent à certains de ses salariés. Mais là, à la différence de la société américaine, la somme versée n’était pas également répartie entre chacun d’entre eux. Les plus méritants recevant une plus grosse part. Aux dernières nouvelles, la compagnie turque semble, elle, très bien se porter.…

Frédéric Bianchi