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Allemagne / Etats Unis: les tensions s'accentuent

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- - SAUL LOEB / AFP

La menace américaine de nouvelles taxes sur l'industrie automobile accentue les tensions déjà existantes entre Berlin et Washington.

La chancelière allemande donne la mesure de la menace pour l'économie de son pays: Angela Merkel juge « effrayant » que les Etats-Unis considèrent les automobiles européennes importées comme une menace pour la sécurité nationale. Un nouveau signe de tension dans les relations americano-européennes.

« Si ces voitures (...) deviennent soudainement une menace pour la sécurité des Etats-Unis, alors on trouve cela effrayant. Et je ne peux que souligner qu'il serait bon qu'on en arrive à de vrais pourparlers », a-t-elle dit lors d'une importante conférence sur la sécurité de Munich. L'industrie automobile allemande serait la première concernée par des mesures douanières américaines.

Angela Merkel a défendu l'industrie automobile allemande, soulignant que les voitures fabriquées en Bavière n'étaient pas plus une menace que les mêmes véhicules produits en Caroline du Sud où se « trouve la plus grande usine BMW au monde ». Une réaction aux conclusions du ministère américain du Commerce qui estime que les voitures et les équipements automobiles importés menaçaient la sécurité nationale des Etats-Unis en affaiblissant leur industrie automobile. Des conclusions qui pourraient ouvrir la voie à de nouvelles taxes douanières.

De nouvelles taxes qui seraient un véritable coup porté à l'industrie automobile allemande dont un tiers de la valeur totale des exportations part vers les Etats-Unis. Les groupes automobiles allemands, dont les géants Volkswagen, Daimler (Mercedes Benz), et BMW ont ainsi exporté 470 000 voitures l'an dernier vers les Etats-Unis, selon les chiffres de la fédération des constructeurs VDA.

Menaces de nouvelles taxes

Depuis plusieurs mois, Washington agite la menace d'imposer des tarifs douaniers supplémentaires pouvant atteindre 25% sur les importations de voitures et d'équipements automobiles. Selon une étude du cabinet EY, elles coûteraient 5 milliards d'euros aux constructeurs allemands. Donald Trump pourrait bien passer à l'action rapidement, d'autant plus que l'annonce, il y a quelques mois, de la suppression de plusieurs milliers de postes chez General Motors avait exacerbé la colère du président américain.

Ce dernier pourrait de nouveau dégainer l'article 232, qui s'appuie sur des arguments liés à la défense nationale pour limiter l'importation de produits et de biens aux Etats-Unis. Une procédure déjà utilisée l'an dernier pour imposer des droits de douane supplémentaires sur l'acier et l'aluminium importés. Après avoir exempté l'Union européenne et le Canada, la Maison Blanche avait finalement imposé en juin des taxes sur l'acier de ses alliés, suscitant leur indignation et leur incompréhension. Angela Merkel avait vivement réagi, jugeant ces taxes « illégales ».

Le porte-parole de la Commission européenne Daniel Rosario a toutefois rappelé cette semaine que Donald Trump et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker s'étaient mis d'accord fin juillet 2018 pour ne pas imposer de taxes douanières supplémentaires tant que les deux parties étaient en discussions.

Daniel Rosario a déjà prévenu: « L'UE riposterait si les Etats-Unis décidaient d'adopter une quelconque mesure». Une liste de produits qui pourraient être taxés en représailles, à hauteur de 20 milliards d'euros, est déjà prête.

L'Allemagne regarde vers la Chine 

Reste à savoir si cela sera suffisant pour dissuader le président américain. Les mesures de rétorsion adoptées par la Chine dans la guerre commerciale qui oppose Pékin à Washington n'ont pas eu cet effet. Si les négociations ont repris et que le président américain se dit « optimiste » sur un prochain accord avec Pékin, il reste de nombreux points à régler pour enterrer définitivement la hache de guerre.

Au-delà des tensions entre les dirigeants allemand et américain, c'est le peuple allemand qui se dit de plus en plus mal à l'aise avec les Etats unis. Près de 85% des Allemands ont une opinion négative voire très négative des relations américano-allemandes actuelles et 58% souhaitent que les relations soient plus distantes entre Washington et Berlin. Un peu plus de 42% des personnes interrogées considèrent que la Chine est un meilleur partenaire que les Etats-Unis pour l'Allemagne, selon cette enquête d'opinion réalisée par l'association Atlantik-Brücke et l'institut Civey.

L'Allemagne s'est employée ces dernières années à maintenir des relations amicales avec les Etats-Unis, mais certains hauts dirigeants n'hésitent plus à évoquer publiquement une érosion de la confiance mutuelle, notamment depuis le retrait des Etats-Unis de l'Accord de Paris sur le climat. Le désengagement de Washington de l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien, et, plus récemment, du Traité FNI sur les armes nucléaires de portée intermédiaire, n'ont rien arrangé.

Angela Merkel a prôné samedi des efforts de désarmement incluant Moscou, Washington et Pékin, mais ces puissances ont semblé sourdes à cet appel. Une situation qui laisse craindre une nouvelle course aux armements, d'autant que les relations russo-américaines ne sont pas non plus au beau fixe.

Sandrine Serais