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70 ans après Bretton Woods, le dollar reste la reine des monnaies

Le dollar reste la monnaie refuge par excellence, et domine les échanges mondiaux.

Le dollar reste la monnaie refuge par excellence, et domine les échanges mondiaux. - -

Le 22 juillet 1944, 44 nations décidaient d'arrimer leur monnaie au billet vert. A ce jour, le dollar conserve sa suprématie sur les autres monnaies. Le rapport de force avec l'euro ou le yuan peut-il changer à court terme? BFM Business fait le point.

Il y a tout juste 70 ans, ce 22 juillet, les accords de Bretton Woods consacraient la domination du dollar. 44 nations décidaient d'arrimer leur monnaie au billet vert en établissant un taux de change fixe. Les Etats-Unis, eux, adossent leur monnaie à l’or.

Ce système monétaire international éclate au début des années 1970. C'est la fin de la convertibilité du dollar en or en 1971, et la généralisation des taux de change variable, en 1973.

Mais aujourd'hui, les Etats-Unis, avec Wall Street, restent la principale place financière mondiale. Leurs marchés sont suffisamment développés et sûrs pour offrir des actifs sur lesquels les banques centrales mondiales vont investir leur réserves. La plupart des matières premières - agricoles ou énergétiques - sont cotées en dollars et sur les places américaines. 70 ans après, force est de constater que le dollar est toujours aussi puissant.

> L'euro, un challenger crédible?

Pourtant, l’euro a des atouts pour prétendre jouer dans la cour des grands. C'est une devise solide, peu volatile, adossée à des marchés de capitaux liquides, des institutions financières puissantes.

Pourtant, que ce soit dans les réserves de changes, les transactions en devises, les échanges commerciaux, et autres indicateurs, le billet vert a une part de marché de deux à trois fois supérieure à celle de l'euro. La monnaie commune européenne n'a, en somme, fait qu'écorner la suprématie du dollar.

Paradoxe: les Etats-Unis, épicentre de la crise mondiale de 2008, ont vu leur monnaie sortir plutôt renforcée qu’affaiblie de ces épreuves, car c’est la devise refuge ultime selon les marchés.

> Le yuan, trop politisé?

Le poids de la monnaie chinoise dans le total des réserves mondiales n’est encore que d’1%. Elle est loin d'offrir un large éventail d'investissements.

Pékin, qui veut garder la main sur son taux de change et ses marchés financiers intérieurs, limite les flux entrants et sortants. Il est presque impossible, pour un étranger, de négocier des actions à la Bourse de Shanghai.

Pour détrôner le dollar, il faudra donc que le pouvoir chinois accepte de tendre vers une stratégie du laisser-faire. On en est encore très loin. Le pays multiplie les initiatives en vue de préparer l’internationalisation de sa monnaie. Mais à un rythme qui ne doit pas créer trop d’instabilité.

En attendant, la monnaie est très politisée, manipulée par la Banque de Chine et chroniquement sous-évaluée, pour permettre de pénétrer des marchés avec des produits peu chers. Une position de moins en moins tenable politiquement.

> Un nouvel ordre monétaire mondial ?

Apres la crise de 2009, on avait évoqué l’organisation d’un nouveau "Bretton Woods". L'idée refait régulièrement surface à la faveur de grandes crises. Celle de 2008 avait suscité un élan de coopération à la mesure de la gravité de la situation. Mais six ans plus tard, ce consensus s’effrite de toutes parts à mesure que la reprise se profile.

Le réflexe de la dévaluation compétitive reprend partout, la guerre des monnaies est larvée depuis 2006. Et il paraît difficile d'aboutir à un consensus international sur les bonnes parités de change. Le système reste en l’état, et le dollar continue d’imposer sa loi.

Delphine Liou