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Et si la première grande banque de demain était russe ?

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La banque russse, Sberbank est depuis quelques années l’un des établissements les plus innovant : automates bancaires détecteurs de mensonges, distributeurs de bonbons, livraison d’argent liquide par drones ou encore plein d'autres choses.

S’il faut citer de grands établissements financiers parmi les plus engagés dans une évolution radicale, on pense immédiatement à BBVA, à Goldman Sachs ou à Rabobank. Rarement ou jamais à Sberbank. Qui songerait en effet que, cantonnée à un marché russe mal connu et apparemment peu concurrentiel, cette banque quasi publique pourrait bien être la plus avancée vers ce que seront les grands établissements de demain !? Qui croirait particulièrement agile ce mastodonte qui, première banque d’un pays immense, semble empêtré dans le gigantisme. Avec ses 110 millions de clients se rendant 60 millions de fois par mois dans ses 14 500 agences, alignées le long de onze fuseaux horaires ! Et ses canaux digitaux recevant 13 millions de visites par jour.

Qui suit l’actualité bancaire internationale de près aura néanmoins remarqué que Sberbank est, depuis quelques années, l’un des établissements les plus lanceurs d’innovations inattendues : automates bancaires détecteurs de mensonges (!) et distributeurs de bonbons, livraison d’argent liquide par drones ou, très récemment, crédits à la consommation souscrits sans justification de revenus ou attestation d’aucune sorte, … Sberbank est également l’un des tout premiers établissements à être passés à une segmentation comportementale fine de ses clients, permettant des offres désormais majoritairement individuelles, notamment proposées sous la forme de vidéos personnalisées.

Très rentable, Sberbank peut viser un ROE de 20% en 2020. A 40%, son coefficient d’exploitation (ratio des charges d’exploitation/produit net bancaire) est l’une des meilleures références mondiales. Mais l’établissement estime pouvoir facilement le réduire prochainement à 30%, une fois quelques lourdeurs et inefficiences opérationnelles supprimées. En 2017, le coefficient d’exploitation moyen des principaux groupes bancaires français était de… 72,7%. Celui des plus grandes banques de détail américaines dépassait 60%.

Pourtant les charges de personnel de Sberbank représentent 59% de ses coûts opérationnels, ce qui est tout à fait à la hauteur des banques occidentales. Alors même qu’elle emploie désormais, proportionnellement, nettement moins de personnels. Mais à des niveaux de compétence et donc à des salaires moyens plus élevés. Depuis 2008, Sberbank a fait passer ses personnels de back office de 58 000 à 10 000. Répartis sur sept centres de traitement. Demain, ils ne seront plus que 6 000. Et la plupart seront formés au développement IT et au traitement de données massives. Quelle banque occidentale a, dans le même temps, mené une transformation d’une telle envergure ? Il conviendrait plutôt de comparer cette démarche à la réduction de la moitié de ses employés menée par McDonald’s ces cinq dernières années. D’ailleurs, Sberbank ne cherche plus à s’aligner sur les banques occidentales mais plutôt sur les plus grandes entreprises mondiales et celles particulièrement de la Tech. Comme si ces dernières représentaient désormais ses concurrents potentiels les plus menaçants.

Absurde !, pensez-vous sans doute. Les GAFA ont d’autres priorités que la Russie. Et vous avez raison. Vous oubliez seulement les BATX. Les Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi et d’autres, contre lesquels Sberbank s’efforce de développer, presque seule encore, le e-commerce russe. Lequel demeure quasi embryonnaire face à son voisin chinois. Achats immobiliers en ligne avec Domclick.ru. Plateforme de services de santé connectée à 28 000 médecins et plus de 1 000 cliniques. En matière de e-commerce, Sberbank a parfaitement compris qu’une banque qui n’est pas positionnée sur les différents maillons de la chaine court un fort risque d’éviction. Elle s’est ainsi étroitement rapprochée de Yandex, le Google russe.

Alors, et si Sberbank était aujourd’hui ce qui ressemble le plus à ce que seront les grandes banques de demain ? Avouez qu’au début de l’article, vous avez sans doute estimé que nous forcions quelque peu le trait en désignant ainsi un établissement excentré, profitant de sa position dominante sur un marché protégé. Il apparait à présent que Sberbank est plus exactement engagée à marche forcée, tout en déployant une agilité remarquable, dans un combat titanesque face aux géants chinois. En regard, ce sont plutôt les banques européennes qui paraissent profiter d’un environnement tranquille. Pour le moment.

Guillaume ALMERAS