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Voici le successeur du Concorde imaginé par Airbus

Un expert indien en décryptage de brevets a crée une animation permettant de visualiser le fonctionnement de ce supersonique capable de relier Paris à Los Angeles en 3 heures.

Un expert indien en décryptage de brevets a crée une animation permettant de visualiser le fonctionnement de ce supersonique capable de relier Paris à Los Angeles en 3 heures. - Capture d'écran YouTube

Le constructeur aéronautique européen vient de déposer aux Etats-Unis un brevet décrivant le fonctionnement et le design de cet avion supersonique capable de traverser l'Atlantique en... 60 minutes.

Airbus a déposé le 14 juillet dernier aux Etats-Unis, un brevet qui fera date. Le constructeur aéronautique européen y décrit la technologie et le design d'un avion qui battrait le Concorde à plate couture. Une fois atteint son altitude de croisière, il volerait à la vitesse de Mach 4,5. Autrement dit, quatre fois et demi la vitesse du son, ce qui équivaut à près de 5.500 km/h. A titre de comparaison, le Rafale vole deux fois et demi moins vite. Ce successeur du Concorde pourrait ainsi assurer la liaison Paris-New York en près d'une heure.

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La documentation, déposée auprès du Bureau américain des brevets et des marques, est titrée "véhicule aérien ultra-rapide et méthode associée pour le transport aérien". Elle a notamment été repérée par Deepak Gupta, un spécialiste indien du décryptage des brevets, animateur de sa propre chaîne You Tube, PatentYogi (vidéo ci-dessous).

Selon lui, cet avion supersonique combinerait plusieurs technologies inédites qui permettrait effectivement de se rendre depuis Londres jusqu'à Manhattan en une petite heure, contre sept à huit heures avec les modèles long-courrier vendus aujourd'hui par Airbus et Boeing. De quoi faire vibrer les nostalgiques du Concorde, qui traversait, lui, l'Atlantique en 3 heures et 30 minutes. 

S'il voit effectivement le jour, ce jet pourrait, selon Airbus, avoir des applications aussi bien civiles que militaires. Selon les plans déposés, cet avion pourra transporter 20 passagers civils ou une petite équipe de soldats en commando ou mission de reconnaissance. La cabine serait en effet relativement étroite. On ne pourrait pas mettre plus de quatre sièges par an séparé par un mince couloir (exactement comme dans le Concorde).

Cet espace dédié aux passagers serait séparé du reste de la carlingue par différents mécanismes permettant d'atténuer les chocs liés à la vitesse et au brusque modification de trajectoire. Les ingénieurs d'Airbus se seraient notamment inspirés du principe du hamac qui permet à son occupant d'être toujours à l'horizontal, assure Deepak Gupta.

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Le brevet décrit un "appareil aérien doté d'un fuselage, d'une aile delta gothique (voilure en forme de triangle aux bords incurvés, ndlr), et de moteurs propulseurs", raconte Business Insider. Sur les croquis disponibles, on découvre un gros jet dont le design tranche clairement avec les avions actuels. Il a l'aspect d'une grosse navette spatiale avec des ailes fixées sur le dessus de la carlingue.

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L'avion volerait grâce à trois types de moteurs, activés successivement aux différentes étapes de sa progression dans l'atmosphère. Les deux turboréacteurs situés sur le flanc de l'aéronef lui permettraient de quitter le sol et de prendre de l'altitude. Un autre moteur, comparable à ceux utilisé pour les fusées ou les missiles et situé à l'extrémité arrière, lui permettrait, à l'instar d'une navette spatiale, d'atteindre en quelques minutes son altitude de croisière: 100.000 pieds. C'est-à-dire 33 kilomètres au-dessus du plancher des vaches, au coeur de la stratosphère, la seconde couche de l'atmosphère terrestre.

A cette altitude, trois fois supérieure à celle qu'atteignent aujourd'hui les avions de ligne classique, un dernier type de turbine prendrait le relais. Des "statoréacteurs" montés sous les ailes, pour voler à la verticale et atteindre enfin son impressionnante vitesse de croisière. Ainsi, la trajectoire de vol aurait la forme d'une hyperbole. La combinaison de machines serait alimentée par diverses formes d'hydrogène stockées à l'intérieur de l'appareil, précise Airbus.

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Autre innovation technique: le supersonique serait conçu pour atténuer le bang qu'on entend lorsqu'un appareil franchit Mach 1. Notamment parce que le mur du son serait traversé alors que l'avion serait en position verticale, ce qui diffuserait le bruit de façon à ce qu'il ne parvienne pas jusqu'au sol, souligne le magazine Bilan. Un progrès certain par rapport au Concorde.

Quand elles exploitaient le supersonique franco-britannique, British Airways et Air France avaient dû faire face à une multitude de plaintes de riverains incommodés par les nuisances sonores que générait l'appareil au décollage. Si bien qu'en 1973, le gouvernement américain leur avait interdit de survoler son territoire à vitesse supersonique en raison du bruit qu'il causait. C'est une des raisons pour lesquelles le surpuissant avion n'a jamais atteint l'équilibre financier, terminant sa carrière en novembre 2003.

Une invention qui restera une chimère?

Ce dépôt de brevet montre clairement que le PDG d'Airbus disait vrai lorsqu'en mars 2005, il affirmait dans un entretien au Journal du Dimanche que, "un jour, on pourra connecter Paris et Sydney en trois heures". Tom Enders mettait alors en avant la "tradition" acquise par le groupe depuis le Concorde. Selon lui, il existe "une vraie demande pour la grande vitesse". 

Tom Enders y voyait notamment le moyen de se démarquer de son principal concurrent, Airbus étant selon lui, et "de loin", le constructeur aéronautique qui "consent le plus d’investissements en développement". "Boeing réalise un gros chiffre d’affaires, mais en matière de recherche, nous sommes largement les premiers", se félicitait-il.

Pierre Kupferman, Nina Godart