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Vers un sauvetage de Renault à la fin de l’année

"Aujourd'hui, l'alliance prend un nouveau départ et elle est et doit rester plus que jamais à la fois un pilier et un moteur du développement de chacun de ses membres", a martelé Jean-Dominique Senard, président de Renault

"Aujourd'hui, l'alliance prend un nouveau départ et elle est et doit rester plus que jamais à la fois un pilier et un moteur du développement de chacun de ses membres", a martelé Jean-Dominique Senard, président de Renault - -

Le constructeur a annoncé un plan de restructuration massif pour faire face à la crise. Mais il risque d’avoir besoin d’un sauvetage à la fin de l’année. Si l’Etat français soutiendra financièrement Renault, l’aide de Nissan n’est pas assurée. La recherche d’un nouveau partenaire européen devient urgente.

"Renault joue sa survie". Cette petite phrase du ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, résume bien la situation financière du constructeur automobile. Ce vendredi, le groupe présente un plan de restructuration massif qui vise à réduire de 20% ses coûts fixes qui s’élèvent à 10 milliards d’euros. Trois fermetures d’usines en France, 5.000 postes en moins d’ici 5 ans, des modèles de véhicules en moins, Renault taille à la hache pour tenter de se concentrer sur ses activités rentables. Son partenaire Nissan, la seule planche de salut de Renault, est aussi plongé dans un marasme financier alors qu’il a annoncé jeudi une perte de 5,7 milliards d’euros pour 2019.

Renault, qui détient 43% de son capital, a déjà annoncé qu’il inscrirait dans ses comptes une perte de 3,5 milliards d’euros au premier trimestre. L’année 2020 est d’ores et déjà dans le rouge… Au point que les investisseurs craignent que Renault ait besoin d’un plan de sauvetage pour la clôture de ses comptes, en février 2021. Déjà en janvier, avant la crise, la banque Citigroup avait lâché une bombe en estimant que le constructeur avait besoin d’une augmentation de capital de 3 milliards d’euros.

Citigroup enfonce le clou

Depuis la crise du coronavirus, la question se pose encore plus. D’autant que le groupe s’est endetté de 5 milliards d’euros -un prêt garanti par l’Etat- pour tenir en terme de trésorerie. "Renault est trop endetté et une perspective limitée de génération de cash pour la rembourser", explique Angus Tweedie, analyste chez Citigroup qui insiste : "le groupe aura besoin d’une augmentation de capital pour résoudre le problème". La question « se posera à l’automne", reconnait un proche du groupe. "Pas sûr que Renault ait besoin d’un sauvetage, espère un autre. Cela dépendra de la reprise". Un pari risqué alors que le marché européen est attendu en chute de 20% pour 2020.

Le plan de restructuration annoncé ce vendredi sera suivi d’un nouveau plan stratégique en fin d’année ou début d’année prochaine. Il sera porté par le nouveau patron de Renault, Luca De Meo, et visera à convaincre les actionnaires de réinvestir dans l’entreprise. "L’Etat Français, qui détient 15%, sera au rendez-vous", assure un banquier proche de Bercy. En injectant des fonds ou plutôt en convertissant une partie de sa garantie en actions. Une manière de renflouer l’entreprise en allégeant sa dette. Mais quid de Nissan, qui détient aussi 15% du capital ?"Rien ne se fera sans eux", assure un proche de Renault, "mais cela posera la question de leur place dans l’Alliance et de l’équilibre entre les deux groupes."

Nissan pas prêt à renflouer Renault

Du côté japonais, la santé financière de Renault semble un sujet secondaire. "Nissan a déjà ses propres problèmes à régler", assure un bon connaisseur du constructeur qui balaie le sujet d’un revers de main. "Pourquoi Nissan investirait dans Renault ?, ose lâcher une source japonaise. Ils viennent de s’endetter et Nissan ne croit pas à leur redressement". Une manière pour les japonais de pousser Renault à vendre sa participation de 43% dans Nissan. Dans tous les cas, le tabou est levé : sans aide du partenaire japonais, l’avenir de l’Alliance est remis en cause. Les détracteurs n’hésitent pas à décrire le nouveau plan de l’Alliance, présenté mercredi par son président Jean-Dominique Senard, comme une étape vers le divorce. "Chacun se concentre sur ses régions et ses savoir-faire, décrypte un proche de l’Alliance. Ce sera plus simple de partager les biens en cas de séparation".

Un scénario qui se renforce alors que Nissan, aussi, est dans une situation financière difficile. Là aussi, si le constructeur japonais a besoin de se renflouer, Renault n’aura pas les moyens de sauver son partenaire. Mercredi, Jean-Dominique Senard a fermé la porte à une fusion de Renault et Nissan, qui "n’est pas à l’ordre du jour". Avant d’entrouvrir la porte à l’autre partenaire Daimler. Le président de l’Alliance a lancé une petite phrase qui a semé le trouble : "Les relations sont très bonnes avec la direction de Daimler, elles sont en train de se renforcer".

Daimler, l’autre chevalier blanc ?

Il y a un an tout juste, le président de Renault enterrait la mort dans l’âme son projet de mariage avec l’italien Fiat-Chrysler. Il martelait que le marché européen devait se consolider et il n’a pas changé d’avis. A l’époque, il avait déjà étudié un renforcement des relations avec le constructeur allemand. "Il a eu des discussions poussées avec Daimler jusqu’à une augmentation des participations croisées", assure un ami de Senard. Renault et Daimler détiennent chacun 3% du capital de l’autre.

Quel intérêt Daimler aurait à se rapprocher de Renault ? Sur le plan industriel, leur coopération s’est limitée au moteurs, surtout les diesels, des petites voitures et aux utilitaires. "Le seul vrai intérêt de Daimler pour Renault, c’est sa participation de 43% dans Nissan" résume un proche du constructeur. Comme Fiat, Daimler pourrait rêver de nouer une véritable alliance mondiale avec Nissan. Un remake de 1999 quand le constructeur allemand avait échoué à sauver Nissan de la faillite. C’est à l’époque Renault qui avait remporté la mise.