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Trains: Keolis va quitter l'Allemagne après 14 années de présence

La filiale de la SNCF exploite quatre contrats de transport régional dans le pays. Des contrats sources d'importantes pertes.

Keolis s'est cassé les dents en Allemagne et devrait prochainement y officialiser son départ. La filiale de la SNCF qui opère sur les marchés européens du transport ouverts à la concurrence y était présente depuis 2007.

Selon Ville, Rail et Transports, la récurrence des pertes générées dans le pays (plusieurs dizaines de millions d'euros cumulés) qui plombe depuis plusieurs années les résultats globaux du groupe, a poussé l'opérateur à finalement jeter l'éponge, son départ serait programmé pour janvier prochain.

Outre-Rhin, Keolis exploite quatre contrats de transport régional qui courent jusqu'en 2025, 2030 et 2032. Ces réseaux transportent environ 100.000 voyageurs par jour et font travailler 950 salariés pour un chiffre d'affaires d'environ 200 millions d'euros par an.

Des financements à assurer jusqu'en 2032

Selon nos confrères, Keolis "devra transférer l’actionnariat de sa filiale Keolis Allemagne (qui opère sous le nom d’Eurobahn) à un actionnaire neutre, avec l’aval des autorités organisatrices des transports".

Cet actionnaire devra être "prêt à assurer l’activité avec des garanties suffisantes pour poursuivre l’exploitation", explique à VRT Bernard Tabary, directeur exécutif groupe international.

Ce qui veut dire que Keolis devra continuer à financer en partie la continuité de service jusqu'à la fin du contrat le plus long, c'est-à-dire 2032. Une indemnité de départ dont le montant n'est pas connu devra également être versée.

Cercle vicieux

Pour la filiale de la SNCF, l'équation économique en Allemagne est trop difficile à résoudre avec des obligations très lourdes imposées aux opérateurs et des incitations financières jugées trop faibles. Une situation qui obère les finances d'autres transporteurs étrangers comme le néerlandais Abellio.

Par ailleurs, des spécificités pèsent sur les modèles économiques comme le très long délai entre la victoire à un appel d'offre et le démarrage effectif du contrat ou encore le fait que le personnel de l'opérateur qui perd une concession ne soit pas transféré vers celui qui le remplace. De quoi encore allonger les délais d'autant plus que l'Allemagne souffre d'un manque chronique de conducteurs de trains, ce qui provoque une augmentation des salaires, donc des coûts d'exploitation. Un vrai cercle vicieux pour Keolis.

L'Allemagne est le plus gros foyer de pertes de Keolis depuis des années: en 2019, le pays représentait la plus importante part des 72 millions d'euros de pertes affichées.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business