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TGV: Bordeaux à 2 heures de Paris et Rennes à une heure et demie

La ligne a été inaugurée par les ministres Nicolas Hulot et Elisabeth Borne

La ligne a été inaugurée par les ministres Nicolas Hulot et Elisabeth Borne - AFP Mehdi Fedouach

Deux nouvelles lignes TGV relient Paris à Bordeaux en 2h04 et à Rennes en 1h25 à partir de dimanche.

Les deux nouvelles lignes TGV, qui relieront Paris à Bordeaux en 2h04 et à Rennes en 1h25 à partir de dimanche 2 juillet, ont été inaugurées samedi 1er juillet, alors que le projet de prolongement au sud vers Toulouse et Dax semble avoir du plomb dans l'aile.

C'est la première fois que deux LGV sont inaugurées en même temps et ces liaisons étaient très attendues par les capitales bretonne et girondine. Les gares se sont refait une beauté pour accueillir les 4 millions de voyageurs supplémentaires que la SNCF espère attirer sur ces lignes d'ici 2019.

Cette inauguration est l'"aboutissement de 20 ans d'efforts", a salué le maire de Bordeaux, Alain Juppé. Le train inaugural pour Bordeaux a quitté la gare de Paris-Montparnasse à 8h41, avec à son bord le président de la SNCF, Guillaume Pepy, les ministres de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, et des Transports, Elisabeth Borne.

"On a besoin que le TGV aille à Toulouse"

Le président de la République, Emmanuel Macron, empruntera quant à lui samedi dans l'après-midi le TGV inaugural de la ligne Paris-Rennes, un voyage nécessitant une grosse organisation. Trois TGV se suivront: un train ouvrira la voie pour déjouer d'éventuels obstacles, le second transportera le président, le dernier fermera la voie. En cas de panne, ils pourront se tracter l'un l'autre. Tous les ponts et ouvrages d'art situés sur le trajet feront l'objet d'une surveillance par les forces de l'ordre.

Lors de la première cérémonie d'inauguration qui se tenait sur les bords de la Garonne à Bordeaux, les élus locaux se sont inquiétés pour le prolongement vers le sud de la LGV, qui mettrait Toulouse à 3 heures de Paris, contre 4h20 à partir du 2 juillet. "On a besoin que le TGV aille à Toulouse", a ainsi déclaré le président de la région Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset.

Le tribunal administratif de Bordeaux avait annulé jeudi une partie de la déclaration d'utilité publique, mettant en péril l'ensemble du projet. Elisabeth Borne a annoncé que l'Etat ferait appel, tout en réaffirmant la priorité aux trains du quotidien. "Il faudra hiérarchiser les priorités, il faudra aussi réfléchir à des modes de financement", a-t-elle indiqué à la presse en marge de l'inauguration.

12 milliards d'euros de budget

Les TGV vont en Bretagne et en Aquitaine depuis près de 20 ans, mais la LGV pour Rennes s'arrêtait un peu avant Le Mans (Sarthe), celle pour Bordeaux prenait fin à Tours-Saint-Pierre-des-Corps (Indre-et-Loire) et les trains circulaient ensuite sur voie classique. Grâce à un décroché à hauteur de Sablé-sur-Sarthe (Sarthe), des trains directs circuleront désormais entre Rennes, Laval, Angers et Nantes.

La ligne entre Le Mans et Rennes, construite en partenariat avec Eiffage, a coûté 2,8 milliards d'euros, plus 600 millions pour les aménagements complémentaires (travaux en gare, signalisation, etc...). Le budget de Tours-Bordeaux s'élève à 7,8 milliards d'euros, plus 1,2 milliard pour les aménagements, avec un montage inédit: un partenariat public-privé (PPP) avec une filiale du groupe Vinci pour la construction, mais aussi pendant 50 ans pour l'exploitation, une première.

2.700 km de LGV

Concrètement, les opérateurs, pour y faire circuler leurs trains, paieront les péages non pas au gestionnaire d'infrastructure SNCF Réseau mais à Lisea, consortium mené par Vinci. La SNCF a déjà annoncé qu'il lui en coûtera 90 millions d'euros pour cette demi-année. Sur cet axe, les péages "vont doubler" et représenteront "50% du prix du billet", contre 37% précédemment, a détaillé samedi sur France Inter Gwendoline Cazenave, la directrice de l'Axe Atlantique SNCF.

Par ailleurs, pour cette ligne, le gestionnaire d'infrastructure SNCF Réseau court toujours après 350 millions d'euros. Parmi les 33 collectivités locales qui participent au financement, à hauteur de 1,3 milliard d'euros, certaines ont suspendu leurs versements. Une autre LGV doit être inaugurée cette année, le contournement Nîmes-Montpellier, à l'automne. La France comptera alors 2.700 kilomètres de LGV.

Macron: priorité aux "transports du quotidien"

Le président Emmanuel Macron a annoncé samedi, lors de l'inauguration de la nouvelle ligne à grande vitesse Paris-Rennes, qu'il entendait mettre la priorité sur "les transports du quotidien" plutôt que sur de nouveaux "grands projets" tels la LGV. Il a par ailleurs déclaré qu'il souhaitait "que l'on parvienne dès le 1er semestre 2018 à une loi d'orientation des mobilités qui apportera enfin des réponses concrètes". "Le combat que je souhaite engager pour les années à venir, c'est celui des transports du quotidien", a-t-il répété devant quelque 700 invités, ajoutant qu'il n'entendait pas "relancer de grands projets nouveaux mais s'engager à financer le renouvellement des infrastructures". Emmanuel Macron, qui venait de parcourir le trajet Paris-Rennes en moins d'une heure trente, a salué dans le LGV "un succès technologique". "Près de 50 ans après le discours de Quimper du général de Gaulle et le lancement du plan routier breton qui a permis de désenclaver le territoire, c'est une nouvelle étape, décisive, pour l'accessibilité du territoire breton", s'est-il réjoui. Mais, a-t-il ajouté, "en venant inaugurer ce projet ce soir, je suis en train de vous dire: le rêve des cinq prochaines années ne doit pas être un nouveau grand projet comme celui-là". "Ce succès technique ne doit en rien nous faire renoncer à penser à la mobilité du futur, car bien des combats restent à mener: les infrastructures essentielles à notre attractivité sont insuffisamment entretenues", a ajouté le président, citant le défaillances des infrastructures fluviales, portuaires, routières ou ferroviaires. "La promesse que je veux qu'ensemble nous tenions pour les années à venir, c'est ceci: ne pas relancer de grand projets nouveaux mais s'engager à financer le renouvellement des infrastructures, à les échelonner dans le temps", a-t-il insisté. "Nous devons marquer une pause et réorienter nos priorités. L'Etat ne prendra plus de grands engagements, ne lancera plus de nouveaux grands chantiers tant que la loi d'orientation des mobilités ne sera pas adoptée", a-t-il conclu. La France doit "à présent davantage concentrer ses efforts, ses investissements sur la rénovation des réseaux existants, sur la réduction de la fracture territoriale qui s'est aggravée ces dernières années: c'est l'horizon de ce quinquennat", a encore explicité le président, avant de se joindre à la chorale de la SNCF pour saluer l'arrivée de la LGV bretonne.

J. H. avec AFP