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SNCF: pourquoi les cheminots ne sont plus en position de force

Les syndicats de cheminots ont exprimé leur mécontentement vis-à-vis du projet de transformation de la SNCF.

Les syndicats de cheminots ont exprimé leur mécontentement vis-à-vis du projet de transformation de la SNCF. - Michel Gangne - AFP

La transformation en profondeur de la compagnie, voulue par l’exécutif, fait bouillir les différentes organisations. Mais le contexte ne leur est pas vraiment favorable.

L’alignement des planètes dont bénéficie Emmanuel Macron depuis le début de son mandat suffira-t-il à étouffer la contestation des cheminots? Ce sera tout l’enjeu des prochaines semaines, tant la transformation de la SNCF, préconisée par un rapport remis jeudi à Matignon, est un dossier sensible.

Transformation de SNCF réseau et SNCF Mobilités en sociétés anonymes à capitaux publics - "privatisation rampante" selon les syndicats -, fin du sacrosaint statut des cheminots, plans de départs volontaires, fermetures de milliers de kilomètres de lignes…le projet est aussi ambitieux que difficile à avaler par les salariés de la compagnie.

Et même si l’exécutif assure qu’aucune décision n’a encore été prise, la CGT est déjà en ordre de marche pour faire capoter le projet. Avant même le début des discussions, qui débuteront ce lundi entre les syndicats et le gouvernement, la confédération menée par Philippe Martinez a ainsi appelé à une grève nationale le 22 mars prochain. L'Unsa et Sud Rail, les deux autres plus gros syndicats de la SNCF, ne lui ont pas (encore) emboîté le pas mais ont déjà exprimé leur opposition aux mesures contenues dans le rapport.

Autant d’éléments qui semblent conduire vers un énième bras de fer, au sujet d’une réforme sur laquelle différents gouvernements se sont cassés les dents. Toutefois, le spectre des grèves de 1995, durant lesquelles aucun train n’avait circulé pendant trois semaines, ne plane plus vraiment sur le pays.

D’abord, car les conditions du droit de grève se sont largement durcies. L’instauration d’un service minimum dans les transports, obligeant les grévistes à se déclarer 48 heures à l’avance, ne permet plus de paralyser complètement le pays. La SNCF elle-même se montre moins souple durant les mouvements sociaux, refusant désormais de payer les jours de grève - une pratique qui auparavant permettait souvent de négocier l'arrêt des hostilités.

L'opinion publique loin d'être acquise aux cheminots

Surtout, l’opinion publique pourrait cette fois ne pas suivre. L’image des cheminots a en effet été écornée par la qualité du service rendu: retards à répétitions, accidents, etc.

"L’année 2017 a été terrible pour nous (…) tous les feux sont au vert pour que le public soit derrière le gouvernement", déplore ainsi l’un des représentants de SUD dans le JDD.

Pour convaincre les Français du bien fondé de leur action, les syndicats devront donc se montrer habiles, et ne pas donner l’image de simples "privilégiés" défendant leurs avantages.

Autre défi, et pas des moindres: les centrales devront s’unifier pour accentuer la portée du mouvement. Pas vraiment une évidence, alors que des élections professionnelles seront organisées au mois de novembre.

D’autant que de son côté, le gouvernement se montre prudent: la fermeture de petites lignes, qui pourrait faire basculer l’opinion, pourrait notamment être reportée.
Yann Duvert