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Résultats : Nissan touche le fond et met en cause l' « Epoque Ghosn »

Hiroto Saikawa impute les mauvaises performances de Nissan à l'ancien management de l'époque Ghosn, et se fixe comme priorité le redressement de la rentabilité.

Hiroto Saikawa impute les mauvaises performances de Nissan à l'ancien management de l'époque Ghosn, et se fixe comme priorité le redressement de la rentabilité. - Behrouz MEHRI / AFP

Le constructeur japonais estime que sa rentabilité va tomber à ses plus bas depuis 11 ans, cette année.

Une marge de 2% seulement. C'est tout ce qu'il restera à Nissan aux termes de l'exercice fiscal en cours. Le constructeur a publié aujourd'hui un bénéfice en baisse de 57% à 2,5 milliards d'euros, et prévoit même une chute supplémentaire de 47% sur l'exercice actuel, qui devrait être le plus mauvais depuis 11 ans.

Nissan va donc toucher le fond cette année et s'y est résolu. Une manière de purger et de mettre en perspective une période sombre. Car toutes les difficultés actuelles du groupe, le PDG Hiroto Saikawa les impute aux erreurs stratégiques de l' « Epoque Ghosn ».

Rentabilité érodée, gamme vieillissante

« Les résultats sont médiocres et la plupart des problèmes que nous rencontrons sont l'héritage négatif de la précédente direction » affirme le PDG de Nissan. Selon lui, la course aux volumes qui a été impulsée par Carlos Ghosn sur le marché américain notamment, aura été fatale à la rentabilité du constructeur. Un phénomène qui va être difficile à endiguer, mais qu'Hiroto Saikawa s'efforce de contenir, après avoir lancé une initiative de restauration des marges et de la marque aux Etats-Unis.

Reste une gamme Nissan vieillissante, et qui n'a pas été renouvelée assez tôt alors que l'ensemble des constructeurs mondiaux investit des sommes considérables dans les nouvelles technologies et le lancement de nouveaux modèles. Là aussi, le PDG de Nissan invoque la mauvaise gouvernance de l'ère Ghosn pour justifier cette lenteur. Selon lui, la prise de décision et le lancement de nouveaux projets étaient ralentis par les différentes strates de hiérarchie, et l' « Etat dans l'Etat » que formaient Carlos Ghosn et ses proches.

20 nouveaux modèles d'ici 4 ans

La crise de gouvernance provoquée par l'arrestation de Carlos Ghosn en novembre dernier aura sans doute été le facteur négatif-clé de cette mauvaise passe. « Pour vous dire la vérité » a concédé Hiroto Saikawa, « il y a eu un moment où nous n'avons pas pu nous concentrer sur notre activité ». Avec pour conséquence une forme d'inertie qui a duré encore plusieurs mois.

Face à cela, Hiroto Saikawa a promis d'accélérer la relance. 20 nouveaux modèles vont être lancés d'ici 4 ans, et chaque modèle de la gamme existante bénéficiera d'une nouvelle version. Nissan estime aussi qu'à horizon 2022, 30% des ventes mondiales concerneront des véhicules électrifiés, c'est pour cela que le constructeur promet aussi d'accélérer le lancement de modèles 100% électriques et hybrides.

Diplomatie difficile sur l'Alliance

Mais Nissan va mettre du temps à se relever, estimant être capable de renouer avec une forme d' « équilibre sain » aux termes de l'exercice 2022/2023, avec une marge qui devrait remonter tout juste à 6%. Loin des 8% que le constructeur prévoyait d'atteindre du temps où Carlos Ghosn était encore Président du Directoire...

Le constructeur a donc besoin de temps. Et précisément, Hiroto Saikawa n'a pas manqué de réagir aux informations récentes concernant Renault, et son intention de consolider rapidement l'Alliance sur le terrain capitalistique. Et malgré le nouveau tollé que ce projet suscite chez les actionnaires japonais, Hiroto Saikawa s'est voulu ferme, mais aussi diplomate, en apaisant le ton.

Trop tôt pour une consolidation

« Je travaille avec M. Senard en toute confiance », a-t-il déclaré. « Nous parlons de tout les sujets, et même de l'intégration de nos capitaux. Il est clair que nous avons des divergences là-dessus. Mais il y a une chose qui fait parfaitement consensus entre Renault et nous : il n'est pas question d'ouvrir ce dossier dans l'immédiat. Il est bien trop tôt. La priorité, c'est le redressement de Nissan et l'amélioration de ses profits ».

Une manière d'entrouvrir la porte au sujet, tout en essayant de gagner le plus de temps possible, Nissan étant convaincu que sa santé est aussi prioritaire pour l'Alliance, et que des discussions tendues seront néfastes aussi bien pour Nissan que pour ses alliés du point de vue opérationnel. Le chantier s'annonce donc long, complexe et tendu encore pour le constructeur japonais.