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Pourquoi Renault est dans le vert quand PSA voit rouge

PSA a moins misé à l'international que Renault

PSA a moins misé à l'international que Renault - -

PSA a publié une perte de cinq milliards d’euros, ce mercredi 13 février, alors que Renault annoncera, demain, de confortables bénéfices.La marque au losange réussit mieux que son concurrent sur plusieurs points stratégiques.

Le grand plongeon pour PSA. Le constructeur automobile a annoncé, ce mercredi 13 février, la plus lourde perte de son histoire: 5 milliards d’euros pour 2012. Ce dérapage est essentiellement dû à des dépréciations d’actifs de 4,7 milliards d’euros qui reflètent "la détérioration du secteur automobile en Europe", selon le président de son directoire, Philippe Varin.

Ce dernier a encore bien précisé, ce mercredi, qu'une aide publique de l'Etat à PSA "n'est pas le sujet aujourd'hui". Vendredi dernier, Bercy avait déjà assuré que le gouvernement ne comptait pas monter au capital de PSA, après que Jérôme Cahuzac a laissé plané le doute.

Demain, l’autre fleuron de l’automobile français, Renault, publiera à son tour ses résultats financiers. Contrairement à la marque au lion, le groupe au losange devrait être largement dans le vert. Le consensus des analystes s’attend ainsi à un bénéfice de 1,69 milliard d’euros.

Renault s’en sort ainsi mieux que PSA au niveau de ses comptes. Il en est de même sur plusieurs autres points.

> Ventes en France et en Europe: PSA résiste mieux

L’annus horribilis qu’a connu le marché français a été un peu plus dur pour Renault que pour PSA. Le groupe dirigé par Carlos Ghosn a vu ses ventes baisser de 19,8%, l’année passée, contre 16,6% pour celui de Philippe Varin, selon les chiffres du Comité des constructeurs français de l’Automobile (CCFA).

Au niveau de l’Union européenne, la différence est plus nette. Les données publiées, ce mercredi 16 janvier, par l’ACEA (Association des constructeurs européens de l’automobile) montrent que les ventes de PSA ont décroché de 12,9%, celles de Renault de 19,1%.

> International: Renault porté par le Brésil et la Russie, PSA met le cap sur la Chine

C’est là où Renault fait la différence au niveau mondial. Pour 2012,le groupe a réalisé plus de 50% de ses ventes hors Europe quand PSA tourne autour des 40%.

"Le point fort de Renault est de se situer sur des marchés en forte croissance comme le Brésil ou la Russie, qui surperforment. C’est ce qui permet au groupe de mieux résister que Peugeot qui lui reste surexposé au marché européen", expliquait Xavier Caroen analyste action spécialiste de l’automobile chez Kepler Capital Markets à BFMbusiness.com, le 16 janvier dernier.

PSA a compris qu’il lui faut se rapprocher de son concurrent. La société vise ainsi un objectif de 50% de ventes hors Europe.

Dans ce but, elle va mettre la priorité sur la Chine. Ce qu’expliquait d’ailleurs le patron de Citroën, Frédéric Banzet, à BFM Business, le 9 janvier dernier : "la première priorité pour Citroën est la Chine", assurait-il.

> Stratégie: Renault vers le low-cost, PSA vise le haut de gamme

Concernant leurs modèles de base, les deux groupes se situent tous les deux sur des véhicules de petits et moyens segments, avec notamment un joli match entre la Clio IV de Renault et la 208 de Peugeot.

Il en est tout autrement pour leurs relais de croissance. PSA met ainsi l’accent sur le haut de gamme via sa ligne phare : la DS. Renault se focalise davantage sur l’entrée de gamme, avec Dacia, qui lui permet de percer sur les émergents.

"Dans leurs axes de croissance, PSA privilégie donc la montée en gamme quand Renault travaille plus sur le low-cost. Globalement, la stratégie de Renault semble plus payante puisqu’elle réussit à dégager une marge plus importante grâce notamment à des partages de coûts fixes et de développement entre modèles importants et à ses usines implantées dans les pays émergents", analysait Xavier Caroen.

"Cependant Peugeot semble s’intéresser de plus en plus au marché low-cost. Même si la direction ne le dit pas explicitement. Certains modèles destinés aux émergents, comme la Citroën C-Elysée ou la Peugeot 301 pourraient ainsi voir leurs marchés s’élargir", nuançait-t-il.

> Alliances: Nissan, le moteur de Renault

L’alliance Nissan-Renault convainc. "Cette alliance a pris du temps mais elle dégage désormais de nombreuses synergies grâce aux nombreux partages de coûts et d’investissements entre les deux entreprises", souligne Xavier Caroen.

A l’inverse, l’alliance entre General Motors (GM) et PSA n’a pas encore décollé.Seuls les prémices de cette alliance ont été dévoilés. Par ailleurs, des rumeurs, pour le moment fortement démenties par les deux groupes, circulent sur une vente d’Opel à PSA par GM.

> Social: le gouvernement moins sévère avec Renault

Les deux entreprises mènent toutes les deux actuellement des discussions sérrées avec leurs salariés. PSA négocie actuellement sa restructuration, qui prévoit la suppression de plus de 11 000 postes d’ici à 2014 et la fermeture du site d'Aulnay-sous-Bois. Pour le moment quatre syndicats sont favorables au projet.

Renault, de son côté, négocie avec ses salariés pour doper la compétitivité de ses sites français, en échange d’un renforcement de sa production dans l'Hexagone. Il prévoit de supprimer au moins 7 500 postes. Mais ces suppressions ne se feraient pas via un PSE (plan de sauvegarde pour l’emploi), mais par des mesures favorisant les départs à la retraite. Ce qui explique, au moins en partie, que le gouvernement s’est montré plus indulgent avec Renault qu’avec PSA.

>En Bourse: Renault rit quand PSA pleure

Sur la place de Paris, les deux constructeurs ont réellement connu des trajectoires diamétralement opposées. Tout au long de l'année 2012, Renault a progressé de plus de 50% quand PSA a connu une chute de plus de 50%. Ce dernier a quitté, en septembre, le CAC40, quand Renault reste lui solidement ancré parmi les 40 valeurs les plus exposées de la Bourse parisienne.

Julien Marion