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Pourquoi la voiture autonome n'est pas remise en cause par l'accident mortel provoqué par Uber

Alors que la mort d’une piétonne en Arizona pose de nombreuses questions sur la maturité de la voiture autonome, son arrivée sur la route à grande échelle ne semble pas remise en cause.

Les rêves d’une route sans accident se sont-ils envolés ce 18 mars, avec le décès d’une piétonne à Tempe, en Arizona, percutée par une voiture sans chauffeur? Alors qu’elle traversait la route de nuit, en dehors des clous, Elaine Herzberg, âgée de 49 ans, a en effet été percutée à environ 65km/h par un Volvo XC90 autonome, opéré par la société de VTC Uber. Elle est décédée à l’hôpital suite à ses blessures. Selon les premiers éléments de l'enquête comme le rapporte le New York Times, la voiture n'aurait pas freiné, alors qu'Elaine Herzberg marchait sur la route avec son vélo.

"Le véhicule était en mode autonome lors de la collision, avec un opérateur derrière le volant lorsqu'il a heurté une femme, a reconnu un porte-parole d’Uber. Nous collaborons pleinement avec les autorités locales dans leur enquête".

Ce qui ressemble donc au premier accident mortel provoqué par une voiture autonome peut-il mettre un coup d’arrêt à cette technologie aussi complexe que pleine de promesses? Uber a suspendu tous ses tests aux Etats-Unis, le temps de l’enquête.

Le premier à prendre le leadership

"Cet accident ne menace pas en elle-même la voiture autonome, mais va amener les acteurs à faire preuve de plus d’humilité", soulignait ce mardi sur RTL Laurent Meillaud, journaliste et spécialiste des technologies automobiles.

"La voiture autonome est un phénomène inéluctable dans les cinq années à venir, ajoute Meissa Tall, associé conseil automobile au cabinet Deloitte. Cette technologie apportera moins d’accidentalité et de mortalité sur la route. Chaque année aux Etats-Unis, 40.000 personnes perdent la vie sur la route, dont 6000 piétons. Le ratio de décès lié à la voiture autonome est donc très faible".

Globalement, 90% des accidents sont attribués à la fatigue comme à l’alcool ou un défaut d’inattention... autant d'erreurs humaines que doit gommer la voiture autonome. 

Aux Etats-Unis, ces expérimentations grandeur nature sont régies différemment dans chaque Etat. Plusieurs sont ainsi entrés dans une course pour attirer constructeurs et géants de la Silicon Valley sur leurs routes. Si la Californie a favorisé un cadre strict pour leur mise sur la route début avril, l’Arizona s’est montré plus offensif. Depuis 2015, les voitures autonomes y sont tout simplement considérées comme des véhicules comme les autres, tant que leur immatriculation auprès d’une entreprise permet à cette dernière d’en assumer la responsabilité. Waymo, la filiale de Google, ou encore Uber y testent donc sur place des véhicules autonomes, parfois sans superviseur derrière le volant. Il peut ainsi être installé sur la banquette arrière. Une option que la Californie autorisera elle aussi dans quelques semaines.

"C’est un enjeu majeur en termes d’image, de technologie et d’investissement, on assiste actuellement à une course entre les différents acteurs pour trouver le premier la solution la plus fiable, poursuit Meissa Tall. Le premier à mettre sur le marché une solution pérenne prendra le leadership".

Une course à l'autonomie qui se retrouve aussi chez les différents opérateurs. Ainsi, General Motors a demandé récemment l'autorisation aux autorités américaines de tester une voiture sans volant ni pédale en 2019 dans le cadre de son programme de développement d'un véhicule autonome.

Au milieu de toutes ces initiatives, le gouvernement fédéral tente lui de définir une base commune. La National Transportation Safety Board (NTSB) a ainsi envoyé sur place une équipe pour enquêter sur l’accident. Elle avait déjà enquêté en 2016 sur le décès d'un automobiliste au volant d'une Tesla Model S. La NHTSA (National highway Safety Transportation Association), le département fédéral qui suit la réglementation des transports routiers, travaille elle sur une réglementation fédérale de la voiture autonome.

Les voitures autonomes ne sont encore que des prototypes

"On prête certaines vertus aux entreprises de la Silicon Valley à aller plus vite que les autres, or justement il y a une courbe d’apprentissage par rapport à la conduite autonome. Il y a des tests partout dans le monde, avec des millions de kilomètres parcourus sans incident, sans accident. Pour développer une voiture, il faut des millions de kilomètres d’essai, pour une voiture autonome, l’unité de mesure passe au milliard. Il y a donc beaucoup d’essais physiques, mais aussi beaucoup d’essais virtuels, que ce soit pour des acteurs comme Google ou pour les constructeurs automobiles. Il faut aussi toujours avoir un chauffeur prêt à reprendre les commandes au cas où", relate Laurent Meillaud.

Même si dans le cas de l’accident avec une voiture Uber, le superviseur n’est vraisemblablement pas intervenu. "Cet accident ne changera pas la stratégie des acteurs comme Uber, mais il fera pression sur les autorités comme sur les constructeurs et opérateurs de mobilité pour mieux communiquer auprès du grand public, rappelle Meissa Tall. Cet accident montre aussi que la reprise en main de la voiture autonome par un humain sera une question cruciale".

Après le décès d’un conducteur au volant de sa Tesla Model S en 2016, alors que le mode Autopilot était enclenché, ou un autre accident avec une voiture Uber il y a quelques semaines, ce premier incident mortel impliquant une voiture autonome semble surtout marquer l’entrée dans une période hybride, où des voitures autonomes de niveau 4 ou 5 (les fameux robotaxis sans volant) cohabitent avec des piétons, des cyclistes et surtout des voitures non autonomes. La communication avec ces autres usagers s’annonce donc cruciale pour leur permettre d’interpréter le comportement de ces nouvelles voitures. 57 incidents se sont produits aux Etats-Unis avec des voitures autonomes, depuis 2014 rappelait Les Echos fin février, sans compter l’accident mortel en Arizona. Selon un sondage paru fin 2017, et rapporté par Science News, 73% des 'Millenials', qui ont pourtant grandi avec un smartphone en mains se disaient effrayés à l'idée de monter dans une voiture autonome.

Pauline Ducamp