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Pour Luc Chatel, sans aides à l'achat de voitures, il y aura des faillites dans le secteur automobile

Invité de BFM Business, le président de la Plateforme automobile plaide pour de puissantes incitations à l'achat, alors que la reprise du secteur demeure molle après le début du déconfinement.

Alors que le gouvernement doit présenter d'ici 15 jours son grand plan de soutien à l'industrie automobile, Luc Chatel appelle à la mise en place rapide d'importantes incitations à l'achat pour faire revenir les clients dans les concessions.

Car pour le président de la Plateforme automobile (ou PFA, une organisation qui représente l'ensemble des acteurs de la filière), le déconfinement n'est pas synonyme de rattrapage. Sur BFM Business, l'ancien ministre constate une reprise "très molle" avec 25% d'activité dans les concessions. Et met en avant un sondage inquiétant: "51% des Français sont prêts à retarder leur achat automobile qu'ils avaient prévu en 2020 et ils sont prêts à le retarder en moyenne de 11 mois". 

"Ca veut dire que si nous n'avons pas de mécanisme de stimulation de la demande, en clair des incitations à l'achat, le marché automobile ne remontera pas la pente et nous risquons de nombreuses défaillances d'entreprises. Vous ne pouvez pas fonctionner à -25% très longtemps. Vous savez que les marges dans l'automobile sont très faibles. A -25%, vous perdez beaucoup d'argent", assène Luc Chatel.

"Nettoyer" le parc automobile

Même si ce principe d'incitations à l'achat ne fait pas l'unanimité chez les constructeurs, notamment Peugeot qui évoque "une drogue" qui "tord le marché", pour le responsable, "la question c'est comment faire en sorte que les consommateurs retrouvent le chemin des concessions".

"Ca n'est pas le cas aujourd'hui", insiste le responsable qui indique que 200.000 ventes de véhicules ont été "perdues" en deux mois.

L'ancien ministre plaide pour "un dispositif qui fasse en sorte que les consommateurs accompagnent cette transition énergétique". Et d'expliquer: "Il faut en quelque sorte qu'on nettoie le parc, qu'on sorte du parc des véhicules qui ont plus de 10 ans en moyenne d'âge et qui sont aux anciennes normes pour faire en sorte d'orienter les consommateurs vers des véhicules, soit électriques, soit moins polluants. Et il semble clair que les incitations préparées par Bercy viseront justement l'achat de voitures électriques et à hydrogène".

Localiser les investissements

Reste la question des contreparties. Sur BFM Business, Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie a été très clair: elles doivent donner lieu à des relocalisations de certaines productions.

Un objectif partagé par Luc Chatel. "L'automobile est en pleine mutation. (...) La question c'est comment nous sommes capables de localiser les investissements pour ce véhicule du futur en France. Et là nous travaillons avec le gouvernement sur de nombreuses pistes. Il va y avoir de grands projets autour de la batterie, (...) il va y avoir des projets dans l'hydrogène, dans l'électronique de puissance. (...) Il faut tout faire pour que ces grands projets du futur soient localisés en France. Il faut que nous ayons de grands programmes d'accompagnement".

Olivier Chicheportiche