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Pour Carlos Tavares, le patron de PSA, l'automobile entre "dans une période darwinienne"

Face aux nouvelles normes antipollution européennes, "il faut que chacun s'adapte" prévient le patron de PSA au micro de BFM Business, excluant néanmoins tout besoin d'alliance dans cette perspective.

Les nuages s'accumulent au-dessus du monde de l'automobile. Après des années d'embellie, le secteur affronte désormais un virage majeur de son histoire, marqué par des changements de fonctionnement importants. Face à la pollution, l'Europe, mais aussi la Chine, veulent développer à court terme l'électrification des automobiles, obligeant les constructeurs à se transformer rapidement.

"Je crois que nous allons entrer dans une période extrêmement agitée, entre maintenant et 2030" annonce le PDG de PSA, Carlos Tavares, au micro de BFM Business, depuis le salon automobile de Francfort en Allemagne. "C'est toute la période de transition énergétique qui va normalement voir se déployer pleinement les technologies d'électrification. Donc il va y avoir des enjeux technologiques, des enjeux de qualité, de coûts pour les utilisateurs. Donc, il faut que les véhicules restent abordables pour que notamment les classes moyennes de nos sociétés puissent continuer à protéger leur liberté de mouvement."

"Pas besoin d'autres alliances"

"Je ne doute qu'il va y avoir un certain nombre de tensions" prévient-il, laissant entendre que certains constructeurs se verront confrontés à de grandes difficultés. "Je caractérise cette période, comme étant une période darwinienne" poursuit Carlos Tavares. "Il faut que chacun s'adapte. Pas uniquement les entreprises – et le groupe PSA est prêt pour ça – mais également les citoyens. Ils ont voté une certaine direction. Cette direction, elle est tout à fait louable, elle est respectable. Nous sommes là pour servir cette intention. Maintenant, peut-être que les citoyens n'ont pas totalement compris l'ensemble des changements que leur vote porte implicitement. Et ils vont le découvrir au fur et à mesure que les choses vont se dérouler devant leurs yeux." Comprendre que ce virage écologique risque de faire des dégâts sur le plan industriel.

Mais, face à cette situation, PSA n'entend pas forcément faire de nouvelles alliances. "Sur le plan de notre capacité à être maître de notre destin, par l'investissement dans les technologies qui sont nécessaires, la position du groupe PSA aujourd'hui est une excellente position" annonce-t-il. "Nous avons un bilan qui est extrêmement sain, une rentabilité qui est une des meilleures au monde et donc nous sommes capables de financer notre recherche et développement, et nos investissements par l'efficience économique que nous avons déjà démontrés. Donc, de ce point de vue-là, nous sommes parfaitement confortables."

Pas d'alliances à prévoir pour PSA, qui a d'ailleurs très bien digéré le rachat d'Opel? "Nous n'avons pas besoin d'autres alliances mais nous avons toujours dit que s'il y a une opportunité, et bien nous la regarderons avec un esprit ouvert dans le but de servir, bien évidemment, la pérennité de l'entreprise et dans le but de servir les consommateurs. Nous sommes toujours ouverts à cela mais ce n'est pas une nécessité" assure-t-il. Ces derniers mois, un rapprochement avec Fiat-Chrysler avait été avancé même si Renault semblait tenir la corde.

Thomas LEROY avec Pauline DUCAMP