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Nous avons rencontré l’homme qui prépare les Renault du futur

Serge Passolunghi est à la tête des trois Open Innovation Labs de Renault dont le dernier vient d'ouvrir à Paris.

Serge Passolunghi est à la tête des trois Open Innovation Labs de Renault dont le dernier vient d'ouvrir à Paris. - Pascal Samama - BFM Business

Derrière les Renault Open Innovation Labs basés dans la Silicon Valley, à Tel-Aviv et désormais à Paris, il y a Serge Passolunghi. Cet ancien enseignant a quitté l'Éducation il y a 18 ans pour innover avec Renault. Rencontre.

Après la Californie en 2011 et Tel-Aviv en 2016, Renault a choisi Paris pour son troisième Open Innovation Lab, un lieu qui réunit les start-up pour inventer les voitures du futur. Ces centres sont sous la direction de Serge Passolunghi, qui entre deux avions a fait une étape dans la capitale pour l’ouverture de cet incubateur. L’occasion de rencontrer ce Français qui vit en Californie, et qui est au cœur de l’innovation du groupe automobile.

Serge Passolunghi est un homme discret, qui a quitté son poste d’enseignant en mécanique il y a 18 ans pour rejoindre la marque au losange. Au départ, il a créé un centre de formation interne, avant de devenir le patron de l’unité numérique du groupe qui planche sur l’innovation, mais indépendamment de la R&D. Sa mission: "Innover et trouver les talents pour créer des voitures zéro émission, connectées et autonomes", a-t-il expliqué à BFM Business.

La Kwid, un projet Renault dévoilé au CES de Las Vegas.
La Kwid, un projet Renault dévoilé au CES de Las Vegas. © Renault

Tout démarre en 2007, l’année du lancement de l’iPhone. Renault envoie une équipe dans la Silicon Valley pour visiter les sites au cœur de l’innovation. "Ce voyage n’avait rien à voir avec Apple. Il était destiné à nous faire découvrir ce qui se tramait du côté de la Silicon Valley et ce qu’il était possible d’en tirer pour l’automobile. L’émulation qui y régnait et la soif d’innover des entreprises qui s’y trouvent a confirmé que c’était l’endroit où il fallait être pour innover". Au-delà des technologies, c’est la mentalité californienne qui est la plus impressionnante. "Pour eux, l’erreur n’est pas un échec, c’est ce qui permet d’avancer si tant est qu’on ait la volonté de le faire", signale le directeur des Open Labs.

Le constructeur français s’y installe avec Nissan en 2011. Malgré les moyens dont disposent les deux groupes, l’équipe qui se compose de deux personnes, dont Serge Passolunghi, loue un bureau sur le campus de Google à Mountain View. "Avant toute chose, notre objectif était de nous imprégner de l’esprit de la Silicon Valley".

"Créer des bouts d’iPhone" pour l'auto

En 2013, l’effectif de l’équipe triple pour passer à sept personnes qui partent s’installer à Sunnyvale, la ville de Yahoo. Il n’y a à cette époque toujours pas de projet précis, mais l’idée se dessine. "Le groupe nous impose seulement de ne pas perdre de vue trois critères: le design, le business et l’usage". Avec cet objectif, la petite équipe qui travaille "en mode start-up" doit réinventer une voiture en collaboration avec les autres unités R&D du groupe. Plus question de se focaliser sur le conducteur, ce sont les passagers qui priment dans la voiture autonome. "Dans les nouvelles mobilités, ils ne sont plus passifs et ne se contentent pas de regarder le paysage, il fallait créer des bouts d’iPhone".

En 2016, Renault décide d’ouvrir un second centre, mais cette fois en Israël. "On y trouve les meilleurs experts en cybersécurité", estime Serge Passolunghi. "La voiture connectée n’est pas une auto comme les autres, c’est avant tout un appareil mobile technologique qui est hackable et c’est au constructeur d’assumer la sécurité informatique des véhicules", expose Serge Passolunghi.

À Paris, les équipes du "Square" sont chargées d'inventer la mobilité du futur.
À Paris, les équipes du "Square" sont chargées d'inventer la mobilité du futur. © Pascal Samama - BFM Business

La troisième étape des Open Labs vise l’intelligence artificielle. Et la France s’impose désormais comme une place stratégique dans ce domaine. Renault a pris place dans une ancienne concession du XIe arrondissement entre Bastille et République qui a été baptisée Le Square. "Les Français ne s’en rendent peut-être pas compte, la France est devenue un pays incontournable dans l’intelligence artificielle grâce à notre excellence en mathématiques", déclare Serge Passolunghi. "Ce n’est pas pour rien si Facebook s’y est installé en confiant la direction de son unité à un Français".

Cette troisième unité est loin d’être la dernière. À l'avenir, le groupe va-t-il s’installer en Chine, en Inde ou au Brésil? "On y pense, mais il est trop tôt pour en parler. La seule chose que je peux confirmer c’est que nous sommes dans cet état d’esprit", dit Serge Passolunghi.

Mais avant cela, l’ensemble des équipes de Renault, qu’il s’agisse des Open Labs ou des unités internes de recherche et développement n’ont qu’un objectif: être prêtes pour présenter la première voiture autonome du constructeur dès 2018. C’est Carlos Ghosn qui a fait cette promesse non pas sur un salon mondial dédié à l’automobile, mais en janvier dernier à Las Vegas lors du Consumer Exhibition Show (CES). C’est désormais sur ce salon high-tech que le constructeur a sans doute fait l’une des annonces les plus stratégiques de son histoire. "Je ne peux rien dévoiler, mais je peux vous assurer que nous sommes tous concentrés sur cet objectif".

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco