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Mitsubishi Outlander PHEV : premier de cordée de l'hybride rechargeable

Le Mitsubishi Outlander PHEV, pionnier de l'hybride rechargeable, montre les multiples avantages de cette technologies... mais aussi ses limites pratiques.

Le Mitsubishi Outlander PHEV, pionnier de l'hybride rechargeable, montre les multiples avantages de cette technologies... mais aussi ses limites pratiques. - Antoine Larigaudrie

ON A TESTÉ - Alors que l'offre de véhicules hybrides rechargeables va exploser ces prochaines années chez les constructeurs mondiaux, retour sur le pionnier de cette technologie, le Mitsubishi Outlander PHEV. Essai.

L'hybride a eu la Prius... L'hybride rechargeable a le Mitsubishi Outlander PHEV (Plug-in Hybrid Electric Vehicle). Sans se faire remarquer, ce SUV, vendu depuis déjà 5 ans et 2 générations, a dépassé les 200.000 exemplaires à travers le monde. C'est le véhicule hybride rechargeable le plus vendu, et il domine technologiquement un segment certes encore très embryonnaire (à peine 0,7% du marché mondial), mais promis à une croissance exponentielle ces prochaines années.

Cet engin, de plus en plus concurrencé par des modèles similaires désormais chez BMW, Mercedes ou Volvo, a tout de même pris une avance considérable, en démocratisant une technologie qui va plus loin que l'hybridation simple (comme chez Toyota), et qui permet une baisse spectaculaire de la consommation et des émissions de CO2.

Entre deux mondes

Le principe est simple, et reprend le mode de fonctionnement de l'hybridation traditionnelle, avec un moteur thermique qui prioritairement va être là pour recharger une batterie haute capacité. A la différence que celle-ci peut être aussi chargée via une prise de courant. Résultat : une efficacité améliorée, et la possibilité de rouler pendant plusieurs dizaines de kilomètres (sur les trajets urbains notamment, mais aussi sur les grands axes jusqu'à 130 km/h) en mode tout électrique. 

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- © Antoine Larigaudrie

Face au durcissement progressif des réglementations sur les gaz à effet de serre, l'hybridation rechargeable est sans doute la solution la plus réaliste et la moins compliquée à intégrer à des gammes entières d'automobiles, alors qu'un passage en force au 100% électrique paraît encore très compliqué aussi bien pour les constructeurs pour des raisons industrielles, que pour le consommateur pour des raisons pratiques (notamment d'autonomie et d'infrastructure de recharge limitée pour le moment).

Une longueur d'avance sur un marché en croissance

Après le premium allemand, c'est notamment les constructeurs français qui sont attendus sur le créneau ces 2 prochaines années, avec 3 modèles chez Renault (Clio, Mégane et Captur) et autant chez PSA (Peugeot 508 et 3008, DS7 Crossback E-Tense). L'offre va exploser et le segment va rapidement passer de moins d'1% actuellement, à une part de marché peut-être supérieure à celle du 100% électrique à horizon 4-5 ans.

Mitsubishi, désormais membre de l'Alliance avec Renault et Nissan, est donc un pionnier de la technologie, avec l'Outlander PHEV, et peut voir sereinement la concurrence arriver. Arrivé au début de la grande vogue des SUV, cet engin s'est rapidement fondu dans le paysage, avec sa carrure relativement imposante et une esthétique évoquant à la fois un véhicule statutaire, mais aussi héritier des 4x4 qui ont fait la réputation de Mitsubishi, comme le Pajero (qui va bientôt cesser d'être produit). Le tout en n'émettant en moyenne que 40 grammes de CO2 au kilomètre...

4 voitures en une !

La grande force de l'Outlander PHEV reste sa polyvalence. Avec lui, on dispose de 4 véhicules en un. Le premier, bien évidemment, est un véhicule 100% électrique. Branché pendant 5 heures sur une prise de courant tout à fait classique (45 minutes sur un chargeur haute puissance), il permet de rouler de 50 à 60 km environ en tout électrique, selon les conditions, en faisant un engin très adapté aux trajets urbains. Malgré sa taille et son poids (quasiment 2 tonnes), il est d'un confort souverain et se manoeuvre très facilement.

Le 2ème véhicule qu'on découvre avec lui est un hybride très économique. Une fois la batterie vide, le moteur thermique entre en action, avec comme priorité la recharge de la batterie, l'un prenant le relais de l'autre par phases. Dans ce mode hybride, l'Outlander ne consommera qu'un peu plus de 5 litres aux 100 km en moyenne, et environ 4,5 en conduite en ville, où la batterie prendra bien plus efficacement le relais à basse vitesse.

La tradition du 4x4 Mitsubishi

Mais nulle crainte de la « panne électrique » totale, puisque le 3ème visage de l'Outlander PHEV est aussi une sorte de « voiture de secours » 100% thermique. Au besoin, le moteur essence de 2,4 litres peut devenir le seul groupe moteur de la voiture. Mais dans ce cas, la consommation va rapidement atteindre de hauts niveaux, supérieurs à 10 litres aux 100 km (encore une fois le poids élevé du véhicule explique ces chiffres).

Enfin, le 4ème véhicule offert par cet Outlander... est un authentique 4x4 ! Certes, sa garde au sol réduite et ses pneus plus axés sur les économies d'énergie n'en feront pas un candidat rêvé au Dakar. Mais traverser un terrain boueux, un chemin de halage mal carrossé ou faire du plein champ sera tout à fait possible, avec différentes positions de verrouillage de la traction intégrale. Un savoir-faire traditionnel de la marque...

Polyvalent... mais pas universel

Malgré sa polyvalence, l'Outlander PHEV est-il adapté à tous les usages ? Pas du tout en réalité, et c'est un fait totalement assumé par Mitsubishi. L'engin sera par exemple totalement sans intérêt pour un automobiliste qui a pour habitude de parcourir plusieurs centaines de kilomètres par semaine ou par jour sur les grands axes. La batterie s'épuisera trop vite pour que la technologie PHEV soit véritablement efficace. 

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- © Antoine Larigaudrie

En revanche, pour une famille vivant en milieu urbain ou péri-urbain, cumulant trajets plutôt courts et quelques escapades occasionnelles, l'Outlander PHEV sera sans doute un engin idéal, spacieux et très bien équipé de surcroît. La conduite de cet engin et la découverte des différents modes disponibles pour économiser le maximum d'énergie et consommer le moins d'essence possible devient même un jeu assez amusant avec la pratique. 

Une leçon à retenir pour l'industrie

Rechargé correctement, il est même tout à fait envisageable de faire un plein d'essence qui durera plusieurs mois ! Des économies très substantielles à la clé, pour un engin facturé de 36.000 à 49.000 euros (version Instyle, essayée ici). A noter que l'Outlander PHEV, privé de bonus écologique, est tout de même éligible au stationnement gratuit (avec disque horaire) dans plusieurs dizaines de villes, dont Paris, au titre des véhicules à très basses émissions.

L'Outlander sera également un produit de choix pour des commerciaux en milieu urbain et péri-urbain, un segment de croissance où Mitsubishi souhaite d'ailleurs se développer. L'année dernière, les ventes professionnelles ont représenté 12% des ventes françaises de ce modèle, et grimpent désormais autour des 20%. Exempt de TVS, il est d'ailleurs devenu une monture de choix pour les taxis en région parisienne, entre autres...

Mais la leçon de Mitsubishi est à retenir pour une industrie automobile qui est en train de se jeter à corps perdu dans l'hybride rechargeable : cette technologie est loin d'être une solution universelle et ne doit pas être imaginée et conçue comme telle. Il faut l'adapter au bon type d'automobile et aux bons usages du consommateur. Condition sine qua non du succès commercial pour l'hybridation rechargeable, qui doit constituer la dernière étape de la transition vers un avenir qui s'annonce plus que jamais tout électrique.