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Masques, contrôles, fréquence: à quoi s’attendre dans les transports franciliens à partir du 11 mai?

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- - GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

Les usagers devront se plier à une série de mesures à partir du 11 mai dans les transports d'Ile-de-France.

Si le déconfinement s'amorcera le 11 mai, les choses ne reviendront pas de sitôt à la normale dans les transports en commun d’Ile-de-France. Lors de la présentation du plan du gouvernement face à l’Assemblée nationale mardi, Édouard Philippe a annoncé la mise en place d'une série de mesures concernant les transports en commun dans le but de limiter les risques de contamination au Covid-19 malgré le retour au travail d'un certain nombre de Franciliens. Les collectivités, de la région à la mairie de Paris, ont elles aussi promis des adaptations dans les métro, bus, RER, Transiliens et tramways de la région.

  • Une offre revue à la hausse

Les déplacements dans les transports en commun parisiens resteront limités à compter du 11 mai. Concernant les métros, tramways, bus ou RER, seules 30% des rames sont actuellement en circulation sur le réseau de la RATP. L’offre devrait cependant remonter d’ici le début du déconfinement.

"70% de l'offre de la RATP sera disponible le 11 mai, et nous devons remonter à l'offre nominale" par la suite, a ainsi annoncé Edouard Philippe.

Dès le 11 mai, la Régie des transports en commun d’Ile-de-France souhaite pouvoir faire circuler 70% de ses métros, tramways et RER et 75% de ses bus. Concernant les lignes de métro, seules les 1 et 14, automatisées, fonctionneront normalement, soit à 100%. La RATP n’a pour l’instant pas indiqué de date pour le retour à la normale complet annoncé par le Premier ministre.

À noter que lors de son allocution, Edouard Philippe a par ailleurs précisé que "les transports aux heures de pointes doivent être réservés à ceux qui travaillent", de manière à limiter les risques de propagation du coronavirus.

  • Le masque obligatoire, des sanctions en cas de non-respect

C’était l’une des annonces particulièrement attendues par Anne Hidalgo, maire de Paris, et Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France. Durant plusieurs semaines, elles se sont prononcées en faveur de l’obligation du port du masque dans les transports en commun de la capitale et de la région, extrêmement touchées par l’épidémie de Covid-19. Ce sera finalement le cas à compter du début du déconfinement.

Invité d'Europe 1 ce mercredi matin, Jean-Baptiste Djebbari a donné quelques détails sur cette obligation du port du masque à partir du 11 mai. Le secrétaire d’Etat aux Transports a ainsi annoncé que des sanctions pourraient être appliquées aux usagers qui n’en porteraient pas.

"Il y aura des contrôles et donc des sanctions", assure-t-il. Il y aura une période de tolérance, notamment pour le premier jour d'obligation. Mais il faudra que le 12 tout le monde soit équipé d'un masque", a déclaré Jean-Baptiste Djebbari.

Pour l’instant les contours de ces contrôles restent flou, même si les agents de sûreté des transports en commun franciliens pourraient être mis à contribution. "Nous prévoyons d'habiliter les services de sûreté pour refuser ce genre de passagers (qui refuseraient de porter un masque, NDLR)", a précisé le secrétaire d’Etat.

Une disposition qui pose question à l’UNSA-RATP. Invité de BFM Paris ce mercredi, le secrétaire général du syndicat, Thierry Babec s’est dit “pas très favorable” à cette mesure et espère que les contrôles ne reposeront “pas seulement” sur les agents RATP.

"Nos agents de sécurité et potentiellement nos contrôleurs seraient amenés à faire respecter cette mesure, avec une période au démarrage axée sur la pédagogie et l‘information. On n’est pas très favorable à ce que les salariés de notre entreprise verbalisent les contrevenants, mais l’entreprise n’a pas caché qu’à partir d’un certain délai, c’est ce qu’il se passerait", a-t-il déploré.

Aucun montant d’amende en cas de non-port du masque n’a pour l’instant été évoqué par le gouvernement.

  • Du gel et des masques disponibles dans les transports?

Qui dit obligation du port du masque dans les transports dit possibilité, pour les usagers d’Ile-de-France, de s’en procurer. "Si on veut sanctionner et verbaliser, il faut d’abord donner les masques", a ainsi déclaré Valérie Pécresse, président de la région Ile-de-France, sur notre antenne il y a quelques jours.

"Tous les voyageurs auront des masques donnés par la région", a donc déclaré la présidente. "Ile-de-France Mobilités a acheté un masque tissu par abonné Navigo", a-t-elle précisé par la suite sur LCI.

Concernant les modalités de vente et de distribution des masques en question, Valérie Pécresse n’a pour l’instant apporté aucune précision. Elle a cependant évoqué la possibilité de vendre ces matériels de protection dans les distributeurs automatiques des stations RATP et SNCF.

Du côté de la mairie de Paris, pour limiter la transmission du coronavirus dans les transports lors du déconfinement, on parle d'une installation de bornes de gel hydroalcoolique en libre-service dans la rue, et notamment aux arrêts de bus.

En plus de l'installation de ces distributeurs "à l'accueil de l'ensemble des équipements municipaux", la mairie travaille avec JCDecaux pour en ajouter "au mobilier urbain existant", a précisé à BFM Paris Collombe Brossel, maire-adjointe en charge de la sécurité, en début de semaine.

Des usagers installés sur un siège sur deux?

Augmentation de l’offre, voyageurs munis de masques, désinfections des mains fréquentes… Autant de mesures dont l’utilité se verrait grandement diminuée si la distanciation sociale n’était pas respectée dans les transports franciliens. 

"La capacité du métro parisien sera réduite à moins de 30% du nominal, a ainsi indiqué Edouard Philippe face à l’Assemblée. Il faudra condamner un siège sur deux, favoriser, par des marquages au sol, la bonne répartition sur les quais, se préparer à limiter les flux en cas d’affluence."

Si de telles mesures de distanciation sociale étaient effectivement appliquées, seulement deux millions de voyageurs pourraient se déplacer à partir du 11 mai chaque jour sur le réseau de la RATP, contre 12 millions en temps normal.

Mais cette annonce pose des interrogations. Pour Thierry Babec, il sera très dur pour les salariés de la Régie de faire respecter les mesures développées par Edouard Philippe. Évoquant une "distance entre le discours politique et la réalité du terrain", le secrétaire général de l'UNSA-RATP a estimé qu’il serait "très compliqué" de faire en sorte que les usagers des rames s’assoient sur seulement un siège sur deux:

"Je ne vois pas comment ça peut être mis en oeuvre, sauf en comptant sur la bonne volonté des usagers pour respecter une telle décision. Est-ce qu’on va devoir démonter des sièges? Se contenter de mettre un sticker sur un siège sur deux? (...) Nous ne serons pas en capacité de faire respecter par la présence de salariés cette décision", a averti Thierry Babec.

Le secrétaire général de l’UNSA-RATP craint donc "une saturation" des lignes au moment du déconfinement, "malgré une fréquentation qui ne sera pas au niveau d’une situation normale".

Concernant les quais des transports en commun, la RATP a cependant commencé ce mercredi le collage de stickers sur les sièges de ses stations. "Pour notre santé à tous, laissons ce siège libre", peut-on lire. Les autocollants ne sont - pour l'instant, du moins - pas appliqués sur les sièges situés dans les rames. 

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Quelles alternatives aux transports en commun?

Malgré les mesures qu’il propose de mettre en place pour sécuriser les transports en commun, le gouvernement, toujours par la voix d’Edouard Philippe, a encourage les employeurs à maintenir le télétravail pour limiter la sur-fréquentation des métro, bus, RER, tramways et Transiliens.

Des règles ont aussi été décidées pour les taxis et les VTC. Les chauffeurs et les voyageurs devront être équipés de masques, sauf si une paroi de protection est installée dans le véhicule. 

Pour les Franciliens qui préfèrent opter pour le vélo après le 11 mai, la mairie de Paris a d’ores et déjà annoncé l’ouverture de pistes cyclables suivant les tracés des lignes de métro, de manière à pouvoir se déplacer autrement que dans des transports en commun sur-fréquentés. Une idée suivie par Valérie Pécresse, qui a annoncé que la région s’engagerait à créer des voies pour cyclistes similaires, cette fois-ci suivant les lignes de RER, en vue du déconfinement.

Juliette Mitoyen