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Les voitures électriques pèseront-elles vraiment la moitié des ventes mondiales en 2030?

Le marché de la voiture électrique d'occasion a progressé de 55% en un an.

Le marché de la voiture électrique d'occasion a progressé de 55% en un an. - ERIC PIERMONT / AFP

Le Boston Consulting Group revoit ses prévisions à la hausse pour les ventes de véhicules électriques. Mais cet optimisme pourrait être contrecarré par la baisses des subventions dans de nombreux gros marchés et la faiblesse des infrastructures adéquates.

Deux chiffres peuvent résumer l'essor du véhicule électrique et hybride: en Norvège, plus de 42% des nouvelles immatriculations enregistrées l'an passé concernaient des voitures électriques (contre 31% en 2018) et 26% des véhicules hybrides. Le pays nordique a pris très tôt le virage de la transition écologique et multiplie les incitations pour le consommateur. La Norvège nourrit même l'ambition que toutes ses voitures neuves soient zéro émission à compter de 2025.

Evidemment, la Norvège, pionnière en la matière et petit pays de 5,3 millions d'habitants, n'est pas le reste du monde. Mais son marché illustre une tendance forte. En Europe, les ventes de ces véhicules ont ainsi bondi de 93% sur les neuf premiers mois de l'année. 

Une tendance confirmée par une nouvelle étude du Boston Consulting Group (BCG) qui estime désormais que la part de marché des voitures électriques et hybrides dans le total des ventes d'automobiles atteindra les 33% en 2025 et 51% en 2030 (dont 39% en France), contre respectivement 25 et 50% dans sa précédente étude de 2017. Conséquence mécanique, la part du diesel passera de 12 à 4% et celle de l'essence de 78 à 44% d'ici dix ans.

Incitations fiscales et réglementaires

Les leviers incitatifs (bonus, subventions, fiscalité...), réglementaires (interdiction progressive des voitures polluantes dans de nombreuses villes) et psychologiques (prise de conscience du changement climatique) dynamisent évidemment le marché mais pas seulement. L'étude du BCG souligne également la baisse plus rapide que prévu du coût de possession de ces véhicules (TCO) grâce à la baisse du coût des batteries qui passera à 100 dollars par kWh en 2030 contre 540 dollars en 2014. 

L'enthousiasme du BCG mérite néanmoins d'être nuancé. La subvention à l'achat reste essentielle pour soutenir les ventes de ces véhicules qui demeurent encore bien plus coûteux que les modèles thermiques. Or, sur ce point l'inquiétude grandit.

En effet, en Chine et aux Etats-Unis, les deux plus importants marchés de l'électrique-hybride en volumes, ces aides sont de plus en plus rabotées. Et la sanction a été immédiate: aux Etats-Unis par exemple, Tesla, le roi de l'électrique avec une part de 75% des ventes, a vu ses les siennes reculer de 37% au 3e trimestre.

Du coup, pour la première fois dans l'histoire récente des statistiques du secteur, les ventes mondiales de voitures électriques ont baissé : -10% sur un an à 450.000 unités au troisième trimestre, selon les données de l'IFP-Energies Nouvelles. Sur l'année complète, on devrait donc observer une stagnation à 2 millions de véhicules vendus contre des prévisions de 3 millions en début d'année.

Des aides qui diminuent en France

En France aussi, les aides diminuent depuis le 1er janvier: le bonus passe de 6.000 euros à 3.000 euros pour les véhicules de plus de 45.000 euros et à zéro pour les voitures coûtant plus de 60.000 euros. L'aide pour les flottes d'entreprises est désormais de 3.000 euros contre 6.000 euros auparavant. 

"Il y a un coup d'arrêt [des subventions, NDLR] sur les entreprises, sur le haut de gamme ça pouvait se comprendre parce que certains disaient: 'ça permet de vendre des voitures haut de gamme à des gens riches qui n'ont pas besoin de ces subventions'. Réduction pour les flottes [50% du marché de l'électrique, NDLR]: ça s'est très dommageable (car) on a besoin d'un fort marché entreprises pour avoir après ces voitures qui arrivent en occasions" pour le grand public, commentait ainsi sur BFM Business François Roudier, président du Comité des constructeurs français d'automobiles (CCFA).

Les ventes de véhicules électriques et hybrides au dernier trimestre 2019 et au premier trimestre 2020 seront donc scrutées de près...

Enfin, la croissance du marché est également conditionnée par le développement des infrastructures et notamment les bornes de recharge rapide. Sur ce point, de nombreux pays accusent déjà un grand retard, la France notamment. "C'est dangereux parce que nous constructeurs français ou étrangers, on a fait le job: on sort ces véhicules. Il y a une vingtaine à une trentaine de modèles différents qui arrivent sur le marché français cette année et là on voit que finalement l'infrastructure ne suit pas. C'est un vrai risque", s'inquiète François Roudier.

Olivier Chicheportiche