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Les sociétés d'autoroutes sont-elles aussi rentables qu'on le dit?

Le gouvernement veut faire payer les sociétés d'autoroutes pour compenser l'écotaxe

Le gouvernement veut faire payer les sociétés d'autoroutes pour compenser l'écotaxe - Ilan Garzone-AFP

Pour compenser le manque à gagner de la suppression de l'écotaxe, le gouvernement, Ségolène Royal en tête, veut faire "payer" les sociétés d'autoroutes accusées d'engranger les profits sur le dos des usagers. La réalité est plus contrastée.

Haro sur les sociétés d'autoroutes ! Depuis l'annonce de la suspension de l'écotaxe puis de la taxe poids-lourds qui devait lui succéder, le gouvernement a un nouveau bouc émissaire pour financer les infrastructures de transport: les sociétés d'autoroutes privées, dont les principales sont des filiales des groupes Eiffage et Vinci. 

Relations complexes avec l'Etat

Elles auraient profité de la "privatisation" de 2006 tout en bénéficiant de péages élevés pour accroître leurs profits. Des arguments qui portent en tout cas dans l'opinion. En juillet 2013, la Cour des comptes avait d'ailleurs critiqué les relations entre l'Etat et les sociétés d'autoroutes. Selon les magistrats, l'Etat aurait parfois privilégié les intérêts des concessionnaires au détriment des automobilistes. De son côté, l'Autorité de la concurrence met en avant la rentabilité exceptionnelle de ces sociétés.

Retour sur investissements

Mais la charge est à ce point à sens unique qu'elle en devient suspecte. Ainsi, la rentabilité des sociétés concessionnaires n'est pas aussi excessive qu'on le dit. Cette rentabilité répond aux mêmes critères que celle des entreprises étrangères du secteur, c'est-à-dire un retour sur investissements fonction de la durée de la concession.

Selon les sociétés d'autoroutes, le critère de rentabilité rapporté au chiffre d'affaires, évoqué par le gouvernement, n'est pas pertinent. Mieux vaut prendre en compte le taux de rentabilité interne (TRI). Celui attendu par les investisseurs pour les réseaux privatisés en 2006 serait compris entre 7% et 8%. Lorsqu'elle investit dans des concessions ou des partenariats publics-privés (PPP), la Caisse des dépôts impose, elle, un taux de rentabilité interne minimum de 10%.

Tarifs réglementés

Autre grande critique faite aux sociétés d'autoroutes: les tarifs des péages. Ceux-ci sont fixés par l'Etat comme l'a rappelé la Cour des comptes dans son rapport de 2013. Or, font remarquer les intéressés, depuis 2003, ces tarifs ont moins progressé que l'indice des prix Insee du transport ferroviaire de voyageurs ou même du carnet de ticket de métro. Pour une base 100 en 2003, les tarifs des péages étaient à 122 en 2013 contre 129 pour les tarifs des transports et...133 pour le carnet RATP. 

Dette coûteuse

Enfin, les critiques faites à l'égard des sociétés autoroutières passent le plus souvent sous silence la dette qu'elles supportent. Cette dette est levée pour 5 à 7 ans minimum à taux fixe pour financer l'entretien et les nouveaux investissements.

Or, cette dette doit être remboursée en une trentaine d'année, rappellent les concessionnaires. Sur cette période, il est donc impossible de prédire la variation des taux. Par ailleurs, les concessionnaires doivent payer aux établissements financiers une marge bancaire importante qui affecte naturellement la rentabilité. 

Patrick Coquidé