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Land Rover Defender Made In Slovakia : crime de lèse-majesté ?

A cause des incertitudes liées au Brexit, le légendaire Land Rover Defender va bientôt renaître loin de ses terres d'origine, en Slovaquie.

A cause des incertitudes liées au Brexit, le légendaire Land Rover Defender va bientôt renaître loin de ses terres d'origine, en Slovaquie. - LEON NEAL / AFP

Une sorte de coup de grâce symbolique pour l'industrie automobile britannique : Land Rover a décidé de produire la nouvelle version de son mythique Defender... en Slovaquie.

Les observateurs de l'industrie automobile au Royaume-Uni ne peuvent s'empêcher d'y voir une véritable disgrâce. La décision a été annoncée par Land Rover en début de semaine : le groupe va bien produire une nouvelle version de l'increvable 4x4 Defender, mais il sera assemblé en Slovaquie. Dernière désillusion d'une industrie automobile britannique qui voit les nouveaux projets et investissements s'envoler, face aux incertitudes liées au Brexit.

La décision a une portée symbolique très forte. Le Defender, plus qu'un simple 4x4, a toujours été considéré comme une sorte d'emblème national au Royaume-Uni. Il est d'ailleurs à l'origine même de la marque Land Rover, puisque son nom d'origine n'était autre que... Land Rover. Décliné en de nombreuses séries et versions, il a toujours été fabriqué, quasiment à l'identique depuis 1948, à l'usine de Solihull dans les Midlands.

Un morceau d'histoire britannique

Véhicule préféré des agriculteurs et des propriétaires terriens du pays, il était aussi et surtout d'un intérêt stratégique pour l'armée britannique, qui en avait fait son véhicule léger standard. Pour l'anecdote, pendant des décennies, son autonomie et ses données de consommation sont demeurées secrètes, eu égard a son statut de véhicule à usage militaire !

Au fil de l'histoire, la gamme Land Rover a beaucoup évolué, avec une multiplication de modèles plus modernes, plus adaptés à un usage quotidien et urbain, avec l'apparition des Discovery, Freelander, et surtout des différents types de Range Rover (Sport, Evoque, Velar...), d'une gamme largement supérieure. Mais Land Rover a toujours soigneusement conservé au catalogue ce 4x4 rustique et réputé increvable, qui a toujours eu une clientèle extrêmement fidèle et passionnée.

Un camouflet de plus

Au fil du temps, ses motorisations V8 et diesel, à l'appétit féroce et aux émissions de CO2 sujettes a des malus conséquents, en ont fait un engin bien trop polluant et inadapté aux évolutions récentes du monde automobile, et aux règles antipollution de plus en plus sévères. En 2016, Land Rover a décidé d'arrêter de le produire, après en avoir écoulé 2 millions d'exemplaires à travers le monde. Malgré tout, l'idée que le Defender ait un successeur plus en phase avec son temps a toujours fait son chemin chez Tata Motors, maison-mère du groupe Jaguar-Land Rover.

Le fait que Land Rover décide de fabriquer cette nouvelle mouture en Slovaquie est donc un camouflet de plus pour l'industrie automobile britannique. Cette année, Honda y a annoncé la fermeture de son unique usine, Nissan a renoncé à y construire son X-Trail et y a arrêté la production de ses Infiniti, et les annonces de désinvestissements massifs dans l'outil industriel automobile (-80% sur l'année 2018) se sont multipliées. L'association des constructeurs britanniques estime même que la production actuelle pourrait encore baisser de 30% en cas de "hard brexit", revenant à ses niveaux des années 80 !

Land Rover produit déjà certains de ses modèles, dont la dernière version de son Discovery, dans son usine slovaque de Nitra. D'une capacité de production de 150.000 modèles par an, le groupe compte même doubler la cadence avec ce nouveau Defender, à 300.000 unités en quelques années. Maigre lot de consolation, le moteur de ce Defender modernisé sera toujours fabriqué en Angleterre, dans l'usine de Wolverhampton.