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L’Etat bloque la relance autoroutière

Les sociétés d'autoroutes se demandent pourquoi le plan de relance de 3,5 Mds d'euros validé par Bruxelles est bloqué

Les sociétés d'autoroutes se demandent pourquoi le plan de relance de 3,5 Mds d'euros validé par Bruxelles est bloqué - PHILIPPE HUGUEN / AFP

En pleine polémique sur les péages, le gouvernement tarde à lancer le plan de relance autoroutier, alors que le secteur en a dramatiquement besoin.

Les géants du BTP s’en seraient bien passés, mais le calendrier leur échappe, fixé au moment de la privatisation des autoroutes : tous les ans, avant Noël, tombe le chiffre de revalorisation des péages, indexé sur l’inflation et les travaux effectués dans l’année. Selon une source proche du dossier, la hausse devrait être de 0,57 % au 1er février.

Hausse des péages limitée en 2015 

C’est une formule automatique et mathématique, comme pour le SMIC ou le Livret A, et le chiffre final n’est absolument pas entre les mains des concessionnaires autoroutiers, mais entre celui de la D.I.T, la direction du ministère de Ségolène Royal en charge des infrastructures de transport.

Le chiffre de référence, c’est l’inflation sur un an fin octobre, auquel on ajoute l’amortissement des travaux réalisés dans l’année. Autant dire que l’augmentation 2015 sera faible (0,57 % au 1er février ) mais suffisante, sans doute, pour crisper à nouveau les responsables politiques sur le sujet.

Un plan de relance validé mais bloqué 

Alors la riposte est prête, sous la forme d’une question au gouvernement justement : qu’attend-il pour donner le top départ du plan de relance autoroutier ? Un mois maintenant que Bruxelles a validé un plan très important, négocié depuis des mois : 3 milliards et demi de travaux. A l’échelle de la France, ce n’est pas loin de l’équivalent du plan Juncker annoncé il y a deux jours. D’ailleurs, les experts européens en ont épluché le moindre détail. En effet, il n’y a pas eu d’appel d’offre et Bruxelles a voulu s’assurer qu’il n’y avait pas de profits indus dans le cadre de cette situation de monopole.

Selon nos sources, les professionnels du secteur ont accepté un taux de rendement des capitaux investis de 6,5%, ce qui est très inférieur à la moyenne du secteur (la Caisse des Dépôts exige 10% par exemple quand elle investit sur les infrastructures).

Les entreprises du BTP sont prêtes

Dans ces conditions, on se demande ce qu’attend le gouvernement pour donner le top départ. Le secteur des travaux publics est en grande difficulté, frappé de plein fouet par la baisse des dotations aux collectivités locales et la suppression de l’écotaxe. Pour Pierre Bergé, le patron d’Eiffage, la situation est inacceptable : "C’est un réel plan de relance, et nous sommes prêts à démarrer".

Mais pour Ségolène Royal, ce serait valider un accord avec les sociétés d'autoroutes, et donc, renforcer l’ensemble des contrats de concession qui sont aujourd’hui contestés par le parlement ou l’Autorité de la concurrence. Visiblement, le climat politique ne s’y prête pas, le secteur des travaux publics devra patienter, même s’il n’en a absolument plus les moyens. 

Stéphane Soumier