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Jugement attendu pour la catastrophe du Concorde

Après plus de dix ans de procédure, la justice française rendra sa décision lundi au procès de la catastrophe du Concorde dans laquelle 113 personnes avaient péri près de Paris. /Photo prise le 23 octobre 2003/REUTERS/Russell Boyce

Après plus de dix ans de procédure, la justice française rendra sa décision lundi au procès de la catastrophe du Concorde dans laquelle 113 personnes avaient péri près de Paris. /Photo prise le 23 octobre 2003/REUTERS/Russell Boyce - -

PARIS (Reuters) - Après plus de dix ans de procédure, la justice française rendra sa décision lundi au procès de la catastrophe du Concorde dans...

PARIS (Reuters) - Après plus de dix ans de procédure, la justice française rendra sa décision lundi au procès de la catastrophe du Concorde dans laquelle 113 personnes avaient péri près de Paris.

Le 25 juillet 2000, un appareil d'Air France transportant 109 passagers, en majorité allemands, avait pris feu peu après son décollage de Roissy et s'était écrasé sur un hôtel de Gonesse, y tuant quatre de ses occupants.

L'accident avait mis un terme prématuré à la carrière de ce supersonique mythique, avion le plus rapide de l'histoire de l'aviation commerciale, qui reliait Paris à New York en trois heures à 2.400 km/h. Il a volé pour la dernière fois en octobre 2003, après 27 ans de vols essentiellement transatlantiques.

Après trois mois et demi de procès au printemps dernier, l'accusation a requis la condamnation pour homicides et blessures involontaires du "père" français du Concorde, Henri Perrier, et de la compagnie américaine Continental Airlines.

Une amende de 175.000 euros d'amende est requise contre Continental dont un avion aurait, selon le parquet, laissé sur la piste de l'aéroport une lamelle métallique qui a provoqué l'accident.

Des peines de 18 mois de prison avec sursis sont demandées contre le mécanicien de la compagnie et son chef. Cela pourrait entraîner pour Continental une facture de dommages et intérêts de dizaines de millions d'euros.

Le procureur Bernard Farret a requis deux ans de prison avec sursis contre Henri Perrier, 80 ans, directeur du programme Concorde de 1978 à 1994 à l'Aérospatiale, devenue EADS.

SCÉNARIO CONTESTÉ

Des relaxes ont en revanche été requises pour les prévenus Jacques Hérubel, ingénieur en chef de ce programme de 1993 à 1995, et Claude Frantzen, un des principaux dirigeants de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC) de 1966 à 1994.

L'enquête française a conclu que l'accident avait été provoqué par l'éclatement d'un pneu avant droit du Concorde, qui aurait été provoqué par une lamelle en titane de 43,5 cm, une "bande d'usure" tombée d'un avion de Continental.

Selon ce scénario, des débris du pneu projetés contre l'aile et dans le réacteur du Concorde ont endommagé la propulsion et provoqué une perforation d'un réservoir situé sous l'aile, ainsi qu'une fuite de kérosène, ce qui a causé un incendie fatal.

La procédure a aussi démontré que les fragilités du Concorde étaient connues dès ses débuts, des dizaines de cas d'éclatement de pneumatiques ayant été répertoriés pendant 27 ans, avec dans plusieurs cas des perforations du réservoir.

Continental et son avocat, Olivier Metzner, estiment donc qu'ils servent de bouc émissaire à l'aéronautique française, EADS ayant échappé au procès pour des motifs juridiques et Air France, totalement dédouanée, se constituant même partie civile au procès et demandant 15 millions d'euros en réparations.

Me Metzner a présenté à l'audience un scénario alternatif de l'accident, qui exclut toute responsabilité de la fameuse lamelle de Continental et met en cause Air France.

Une pièce appelée "entretoise" manquait sur le train d'atterrissage du Concorde, a montré l'enquête, et le pneu a donc pu éclater sans passer sur une pièce, dit Me Metzner.

L'enjeu sera symbolique, puisque sera désigné le responsable de la fin de Concorde, mais aussi très concret: est en suspens une autre facture d'une centaine de millions d'euros, déjà acquittée par les assureurs d'Air France aux familles des victimes. Le remboursement pourrait être demandé à Continental en cas de condamnation.

Thierry Lévêque, édité par Patrick Vignal