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JCDecaux perd le marché des Vélib': cinq questions autour du nouveau vélo en libre-service

Début 2018, le Vélib' nouvelle formule fera son apparition à Paris. Un nouveau vélo en libre-service qui devrait être développé par Smoove, préféré à JCDecaux, l'actuel détenteur du marché. Un changement d'exploitant qui pose question notamment sur l'avenir des vélos déjà en service ou sur la compatibilité des bornes installées.

Une page se tourne pour Vélib'. Dix ans après son lancement et son succès avec plus de 300.000 abonnés, les vélos en libre-service parisiens vont se transformer. Début 2018 un nouveau marché entrera en vigueur porté par un nouvel exploitant, la société Smoove. Début avril, la commission d'appel d'offres du syndicat mixte Autolib' Vélib' Métropole a en effet indiqué avoir classé en tête l'offre de la PME Montpelliéraine, préféré à l'actuel exploitant JCDecaux. Un choix qui doit encore être entériné ce mercredi mais qui annonce des changements pour les vélos en libre service à Paris et dans 30 communes voisines.

>Que vont devenir les vélos en service? 

L'appel d'offres des nouveaux Vélib' prévoyait quoi qu'il arrive une modification du parc de vélos en libre-service, mais en changeant d'exploitant, les Vélib' vont se transformer radicalement au détriment des vélos actuellement en service. Smoove a en effet développé un concept de vélos différents de ceux de JCDecaux.

Que va donc faire JCDecaux de son parc d'environ 18.000 vélos? Certaines associations comme Animation insertion culture et vélo plaident pour que les vélos soient proposés à la vente aux particuliers, qui pourraient profiter de ce changement de parc pour s'équiper. Les vélos pourraient également être vendus en pièces détachées.

En tout état de cause, les vélos n'appartiennent pas à la mairie de Paris mais à la société SOMUPI, filiale de de JCDecaux. Comme l'indiquait un audit réalisé l'an dernier par la municipalité, les mobiliers et équipements du dispositif Vélib' demeureront la propriété de la SOMUPI à l'échéance du contrat.

>Les bornes vont-elles être supprimées? 

Si le choix de Smoove est entériné, tout le dispositif sera à revoir y compris les bornes de parking des vélos. Les vélos Smoove n'utilisent pas le même dispositif de sécurisation des vélos, les bornes actuelles seront obsolètes avec les nouveaux vélos.

En effet, les Vélib' s'accrochent à la borne par une encoche sur le côté du vélo tandis que les bornes de vélo Smoove immobilisent la roue de la bicyclette. Un système de verrouillage breveté par la société montpelliéraine. Cette dernière mène actuellement une réflexion autour de cette problématique des changements de borne.

>Quelles sont les nouveautés du Vélib'?

L'une des principales nouveautés des Vélib' nouvelle génération sera justement la possibilité de se passer de borne. Smoove a en effet développé un système qui permet de restituer son vélo en-dehors d'une borne de parking. Un câble embarqué dans le cintre du vélo permet de l'attacher à un point fixe. Il suffira d'utiliser sa carte d'abonnement pour verrouiller le vélo sur le cadran du vélo qui dispose aussi d'un écran. Cet écran affichera également des informations utiles au cycliste: le nombre de kilomètres parcourus ainsi que le prix de la location. 

Autre nouveauté, l'apparition de vélos à assistance électrique. L'appel d'offres prévoit en effet qu'ils constituent 30% du parc de Vélib'. Sur ces vélos électriques, un nouveau service permettra de recharger son téléphone grâce à un câble USB qui branchera directement sur le cadre du vélo.

>Quel avenir pour les salariés?

Depuis la semaine dernière, les salariés de la société Cyclocity, filiale de JCDecaux chargée de la gestion et de l'entretien des Vélib' ont fait part de leur inquiétude quant au changement d'exploitant. En effet, la nouvelle offre ne prévoit pas de reprise automatique des salariés. Une situation dénoncée par JCDecaux qui parle de "dumping social".

Les salariés ont décidé de perturber le service pour se faire entendre et souhaitent un engagement de reprise de la part de Smoove et de la mairie de Paris. Sur ce point, les salariés ont reçu le soutien des élus communistes qui appellent à rejeter l'offre de Smoove en l'absence de garanties pour les salariés.

>JCDecaux a-t-il définitivement perdu le marché?

Dès samedi, JCDecaux a dénoncé dans un communiqué une "décision troublante". L'offre de Smoove doit encore être entérinée le 12 avril par Autolib' Vélib' Métropole. Mais le groupe publicitaire a d'ores et déjà demandé "des précisions sur le dimensionnement des équipes ainsi que leurs conditions sociales et salariales", précisant que ces éléments seront examinés "avec la plus grande attention avant d'en tirer les conséquences juridiques qui s'imposent".

Une bataille judiciaire pourrait ainsi s'ouvrir autour de ce marché perdu. Comme le souligne le JDD, en 2006 JCDecaux avait déjà réussi à faire annuler l'attribution du premier marché de Vélib' au profit d'un concurrent britannique, le groupe Clear Channel. A la veille du vote par le syndicat mixte, JCDecaux a décidé de déposer un recours en référé devant le tribunal administratif de Paris.

Carole Blanchard