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Haute-Vienne: 1.400 entreprises se mobilisent pour financer une autoroute

La Nationale qui relie Limoges à Poitiers est très encombrée et freine le développement économique de la région  (image d'illustration) .

La Nationale qui relie Limoges à Poitiers est très encombrée et freine le développement économique de la région (image d'illustration) . - Philippe Desmazes - AFP

Il faut entre deux heures et deux heures et demie pour parcourir les 130 kilomètres qui séparent Poitiers et Limoges par la RN147. Pour désenclaver la région, des chefs d'entreprises assurent pouvoir réunir 60% du financement d'un projet d'autoroute concédée.

La RN 147 est un véritable point noir pour les conducteurs qui effectuent les trajets entre Limoges à Poitiers. L'axe routier est très chargé, avec de nombreux poids lourds, et est fréquemment le lieu d'accidents. Pour effectuer les 130 kilomètres qui séparent les deux villes, il n'est pas rare de mettre entre deux et deux heures et demie.

Une situation qui freine le développement économique de la région, et contre laquelle 1.400 chefs d’entreprises, réunis sous la bannière "Unis pour entreprendre" se mobilisent en Haute-Vienne. Ils assurent pouvoir trouver en fonds privés 60% du financement d’un projet d’autoroute concédée pour la RN 147 Limoges-Poitiers. Une solution qui désenclavera le nord de la Haute-Vienne et le sud-est de la Vienne et intégrera encore davantage Limoges dans la nouvelle région, assurent-ils dans leur manifeste.

Mais l’Etat s’oppose à la construction d’une autoroute. Le Conseil départemental a retenu une autre solution : aménager l'actuelle route nationale en deux fois deux voies sur certains tronçons, une solution moins coûteuse et dont la rentabilité est assurée.

Thierry Debourg, président du Medef de Haute-Vienne, dirige la société Reviplast qui valorise des déchets plastiques. Pour lui, le manque de liaison adapté vers l’Ouest freine le développement économique de l’ex-Limousin, aujourd’hui intégré à la Région Nouvelle-Aquitaine. "Nous collectons notre matière première dans un rayon de 300 à 400 kilomètres autour de Limoges. On travaille facilement sur Bordeaux, Châteauroux, Clermont-Ferrand, Paris mais on travaille très peu sur Poitiers et au-delà tout l’Ouest parce qu’on n’a pas de transporteur qui veulent y aller, sinon à un prix exorbitant", explique le chef d’entreprise à Reuters.

4.000 voitures par jour et 700 camions

Pour expliquer la viabilité de son projet, "Unis pour entreprendre" a pris pour exemple l’autoroute concédée A65 reliant Langon à Pau dans l’ancienne région Aquitaine. Ouverte en 2010 sur un nouveau tracé, elle a été concédée pour une durée de 55 ans au groupe A’lienor (65% Eiffage et 35% Sanef) pour un coût de 1,2 milliard d’euros, intégralement financé par le concessionnaire.

"Pau-Langon, ça vaut 23,40 euros le parcours, c’est la plus chère de France, mais ça fonctionne", assure Pierre Massy, le président de la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) de Limoges, qui cite aussi l’A88 et l’A150 concédées en Normandie.

Pierre Massy, qui est aussi vice-président de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), assure que deux concessionnaires sont intéressés."On a un modèle économique. Avec 4.000 voitures par jour et 700 camions, l’autoroute est rentable", explique-t-il en ajoutant que, sur cette base, il est possible de lever entre 600 et 700 millions d’euros sur les 900 millions nécessaires. Le solde serait fourni par le Contrat de plan Etat-Région qui, selon Pierre Massy, prévoit 210 millions d'euros pour la Vienne et à la Haute-Vienne.

Mais pour Claude Leblois, le président du Conseil départemental de la Haute-Vienne, "cette solution miracle ferait payer aux haut-viennois deux fois", par le biais de l’impôt puis une seconde fois au péage. "Les 60% annoncés comme financés par le secteur privé ne relèvent pas d’une action philanthropique mais bien d’un investissement qui sera rétribué ensuite par la concession", dit-il.

La rédaction