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Décret Trump: les compagnies aériennes en première ligne

Des manifestants contre le décret Trump ont protesté aux abords des aéroports américains ce week-end, ici à Los Angeles.

Des manifestants contre le décret Trump ont protesté aux abords des aéroports américains ce week-end, ici à Los Angeles. - Konrad Fiedler - AFP

Air France a dû refuser d'embarquer des passagers qui, depuis vendredi et la signature d'un décret par Donald Trump, sont devenus persona non grata aux États-Unis. Toutes les compagnies aériennes ont dû se conformer dans l'urgence au "muslim ban".

Le décret Trump a fait l'effet d'une bombe. Ce document signé vendredi par le président américain interdit aux ressortissants de 7 pays à majorité musulmane l'accès aux États-Unis, avec effet immédiat. Les Iraniens, Irakiens, Libyens, Somaliens, Yémenites et Soudanais sont bannis pour 90 jours, tandis que les Syriens ne peuvent plus se rendre aux États-Unis "jusqu'à nouvel ordre", quand bien même ils disposeraient d'un visa. Premières entreprises touchées par ce que le monde appelle déjà le "muslim ban": les compagnies aériennes qui desservent les États-Unis.

Elles n'ont pas été informées à l'avance de la publication du décret, selon Bloomberg. Une décision "surprise" qu'a justifié un membre du gouvernement Trump par la nécessité de "s'assurer que les gens n'arrivent pas en masse avant que le décret ne se mette en place". Mais du coup, les compagnies qui opèrent des vols à destination des USA ont dû prendre des mesures dans l'urgence ce week-end. 

"Protéger ses clients"

Air France a ainsi refusé d'embarquer une quinzaine de personnes. Sa consœur KLM 7 personnes, Austrian Airlines 3 passagers, Egypt Air 4. Swiss Airlines a indiqué se conformer au décret sans préciser le nombre de personnes concernées, et des cas de refus ont également été rapportés depuis Dubaï et Istanbul. Emirates, elle, a dû modifier à la dernière minute la composition de ses équipages, puisque certains de ses hôtesses et stewards sont désormais bannis du sol américain.

À ce titre, Air France a fait l'objet de vives critiques sur les réseaux sociaux tout le week-end. Du coup, la compagnie a très vite publié un communiqué sur son site, où elle explique être "tenue de se conformer aux exigences d'entrée sur le territoire des pays qu'elle dessert". Elle assure n'avoir "pas d’autre préoccupation que de protéger ses clients, y compris des conséquences éventuelles d’une arrivée dans un pays dont l’accès leur est interdit, et de limiter autant que possible les désagréments que leur cause la décision des autorités américaines".

Ce week-end en effet, entre 100 et 200 ressortissants des pays visés par le décret ont été arrêtés à leur arrivée dans les aéroports américains, selon le New York Times. Ils devraient bientôt être libérés: la justice fédérale américaine, saisie en urgence par des associations, a partiellement annulé le décret. Toutes les personnes arrivées sur le territoire américain depuis vendredi et disposant d'un visa régulier ne peuvent pas en être exclues.

Des conséquences financières dissuasives

Reste que les compagnies, elles, n'ont pas de marge de manœuvre, martèle le porte-parole d'Air France. En dehors de leur liberté de desservir ou non un pays. Lorsque la République française exige un visa pour les voyageurs hors Union européenne, il revient aux compagnies qui opèrent des vols vers la France de vérifier qu'ils en disposent bien. Quand l'Iran refuse d'accueillir des titulaires de passeports israéliens, les compagnies ne peuvent pas les laisser embarquer sur un vol vers Téhéran.

Celles qui ne se conformeraient pas aux nouvelles règles auraient à assumer des sanctions financières dissuasives. Elles devraient renvoyer les "bannis" aux frais de la compagnie, à l'endroit où a commencé leur voyage. Elles risqueraient aussi au moins une amende, au pire "des sanctions bien au-delà", indique le porte-parole d'Air France. Jusqu'à une interdiction d'atterrir sur le sol américain.

Pour éviter d'avoir encore à refouler des individus directement depuis les aéroports, les compagnies s'attellent à gérer la situation en amont. Air France est en train de contacter tous les passagers concernés qui ont acheté des billets pour les États-Unis avant la signature du décret. Ils auront le choix entre trois options: se faire rembourser leur billet, en changer la destination, ou reporter leur vol au-delà des 90 jours du "muslim ban". Quant à ceux qui voudraient acheter leur billet à partir de maintenant, impossible: pour les vols à destination des États-Unis, que ce soit sur les sites officiels ou ceux des comparateurs, il faut rentrer son numéro de passeport avant de payer.

Nina Godart