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Crash: le Syndicat des pilotes va "déposer plainte pour violation du secret professionnel"

Le président du Syndicat national des pilotes de ligne, Eric Derivry, sur BFMTV, le 27 mars.

Le président du Syndicat national des pilotes de ligne, Eric Derivry, sur BFMTV, le 27 mars. - BFMTV

Eric Derivry, président du Syndicat national des pilotes de ligne, et Florian Ferreri, psychiatre à l'hôpital Saint-Antoine, étaient ce vendredi matin les invités de Jean-Jacques Bourdin, sur BFMTV et RMC.

Invités ce vendredi matin sur BFMTV et RMC, Eric Derivry, commandant de bord et président du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL), et Florian Ferreri, psychiatre à l'hôpital Saint-Antoine, à Paris, sont revenus sur les dernières révélations concernant le crash de l'Airbus 320 de la Germanwings, survenu mardi dans les Alpes-de-Haute-Provence, et notamment sur les dernières révélations de la presse concernant l'état dépressif du copilote Andreas Lubitz, soupçonné d'avoir volontairement provoqué le crash de l'avion.

"Violation du secret professionnel"

Regrettant que les révélations clés de l'enquête ont fuité dans la presse, jeudi matin, Eric Derivry a indiqué que le Syndicat national des pilotes de ligne a pris la décision de porter plainte contre X pour violation du secret professionnel. "Nous sommes particulièrement choqués de la situation qui a consisté à ce que le Bureau d'enquête et d'analyses fasse une conférence de presse à 17 heures mercredi, en disant 'nous n'avons rien à vous dire', et que quelques heures plus tard, le New York Times, de l'autre côté de l'Atlantique, donne des informations extrêmement détaillées, qui ont été confirmées par le procureur de la République le lendemain", a-t-il réagi.

"Ce que cela veut dire, c'est que contrairement à tous les engagements de confidentialité qui pèsent sur l'ensemble des gens qui font partie de l'enquête, il y a eu des fuites", estime Eric Derivry. Et d'ajouter: "Nous avons pris la décision de porter plainte contre X pour violation du secret professionnel. Nous en appelons à une réforme du mode de fonctionnement du BEA, dans son mode d'indépendance budgétaire et structurelle".

"Il n'y a plus de hache dans les cabines"

Réagissant à l'information diffusée ce vendredi par le journal allemand Bild, selon laquelle le commandant de bord à tenté de forcer le cockpit à la hache, lorsqu'il s'est aperçu qu'il était coincé dehors, Eric Derivry a été formel: "il n'y a plus de hache dans les cabines", a-t-il ainsi indiqué.

"La seule hache qui se trouve dans l'avion se trouve dans le cockpit. Depuis un certain nombre de menaces et de capacités d'utiliser des instruments pour prendre le contrôle de l'avion, il n'y a plus de hache dans la cabine. Les uniques outils disponibles dans la cabine sont des pieds de biche", a-t-il précisé. 

Deux pilotes dans le cockpit: "une mesure qui répond à l'émotion"

Un certain nombre de compagnies ont annoncé, dès jeudi, l'adoption de mesures concernant la présence permanente de deux membres d'équipage dans les cockpits de leurs avions.

"Elles ont anticipé. Aujourd'hui on apprend que la Direction générale de l'aviation civile et peut-être l'Agence de sécurité européenne souhaitent édicter une recommandation. Ce que l'on dit, nous, en tant que pilotes, que c'est une mesure qui répond à l'émotion", a expliqué Eric Derivry. "Cet événement est tragique et grave, mais nous allons transférer une problématique sur une autre. Le verrouillage du cockpit répond aux attentats de 2001. Mais cette parade entraîne une autre problématique, on le constate aujourd'hui. La solution qui consiste à mettre une autre personne dans le cockpit est une demi-solution, extrêmement prématurée", a-t-il estimé, précisant que cette seconde personne pourrait être "neutralisée" encore plus facilement, notamment avec l'aide de la hache disponible dans le cockpit.

Après une dépression, un risque de rechute permanent

Le quotidien allemand Bild a révélé ce vendredi matin que le copilote de l'A320, Andreas Lubitz, avait traversé une grave dépression, en 2009, et restait depuis sous traitement médical.

"Quelqu'un qui a traversé une dépression, est à risque d'en traverser une autre dans sa vie. C'est valable pour tout le monde", a fait valoir à ce sujet Florian Ferreri, psychiatre à l'hôpital Saint-Antoine, à Paris. "Le risque est relativement élevé s'il n'y a pas le suivi et le traitement adaptés", a-t-il ajouté.

"Est-ce que toutes les dépressions interdisent les professions à risque? C'est compliqué de le dire mais on a une attention toute précise là-dessus, et ce qui peut poser problème, ce sont les capacités de la personne déprimée à bien faire son travail, soit le fait qu'elle soit diminuée par des traitements, qui modifient son attention, sa concentration", a expliqué ce spécialiste.